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ZOZIME DE PANOPOLIS



ZOSIME DE PANOPOLIS
(Source Wikipedia + ajouts)

Zosime de Panopolis (grec : Ζώσιμος ὁ Πανοπολίτης), né à Panopolis (auj. Akhmîm) en Haute-Égypte entre le iiie et le ive siècle, est l'un des plus grands représentants de l'alchimie de langue et culture grecque. Zosime a jeté les bases de ce qui constituera l'alchimie de langue arabe et l'alchimie médiévale européenne, pendant près de quinze siècles. Suivant sa doctrine, toutes les substances étaient composées d'un soma (corps) et d'un pneuma (partie volatile, esprit). L'opération alchimique de base consistait à séparer par le feu l'esprit du corps, grâce à la distillation et la sublimation.


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Il s'agissait ensuite de recombiner les esprits avec une substance de base (nommée l'eau divine, c'est-à-dire le mercure) afin d'obtenir l'or et l'argent, les métaux nobles par excellence qui ne s'altéraient pas au contact de l'air et de l'eau. Non pas pour la vaine poursuite d'un enrichissement personnel, mais pour une quête spirituelle de la perfection intérieure et une recherche des principes constitutifs de la matière.
Par la distillation, l’alchimiste cherchait à séparer l’esprit du corps de la substance, tout comme les Gnostiques de l’époque, s’efforçaient de libérer l’âme humaine prisonnière du corps matériel.


Coagule

Zosime a été très fortement influencé par l'hermétisme et le gnosticisme, deux courants de pensée florissants à son époque.

Après sa conquête par Alexandre le Grand en -332, l'Égypte subit une forte influence culturelle grecque. La grande cité d'Alexandrie fut un carrefour culturel et le principal centre intellectuel du bassin méditerranéen pendant près d'un millénaire.

Les chercheurs s'accordent généralement pour dire que Zozime est natif de Panopolis, ville située sur la rive droite du Nil, à environ 130 kilomètres au sud d'Assiout, Panapolis (la cité de Pan, Panos polis Πανος πολις) était l’un des points de départ des expéditions minières vers le désert oriental. Elle sera un centre culturel animé durant la période byzantine, renommée pour sa culture grecque et son attachement au paganisme. Certains manuscrits le disent de la Thébaïde. La province romaine de la Thébaïde incluant le territoire de Panopolis à l'époque de Zosime, il n'y a pas de contradiction entre les deux appellations.


Zosime de Panopolis est reconnu comme l'un des plus grands représentants de l'alchimie grecque. Il jouira d'un immense prestige auprès de ses successeurs. Le terme d'alchimiste n'est pas d'ordinaire attribué aux auteurs de textes alchimiques grecs. Ceux-ci sont généralement dits « philosophes ». Zosime n'y fait pas exception. Avec les alchimistes de son époque, il revient à Zosime le mérite d'avoir transformé les appareils rudimentaires de distillation de l'Antiquité en véritables alambics opérationnels. Les manuscrits de Zosime qui nous sont parvenus sont illustrés de dessins d'alambics et donnent pour la première fois une description de leurs différentes parties.




Nous ne savons que très peu de choses sur sa vie. On sait qu'il a voyagé en Basse-Égypte car il affirme avoir visité « l'antique sanctuaire de Memphis ». La plupart des historiens de l'alchimie pensent qu'il a vécu à Alexandrie.

Très peu d’œuvres alchimiques précédant Zosime nous sont parvenues. La plus connue est Physika kai mystika (φυσιϰὰ ϰαὶ μυστιϰά) « Choses naturelles et secrètes » attribuée au Pseudo-Démocrite (car imputée faussement à Démocrite d'Abdère) ou à Bolos de Mendès, composée sans doute aux alentours du début de l'ère chrétienne. Il s'agit de recettes d'atelier concernant l'or, l'argent, les gemmes et les colorants. On possède aussi une série de citations et de courts traités mis sous les noms d'Hermès, d'Agathodémon, d'Isis, de Cléopâtre, de Comarios, de Marie la Juive, de Moïse, etc., qui semblent avoir été rédigés entre le ier et le iiie siècle. Zosime cite avec respect le Pseudo-Démocrite, Hermès, Agathodémon et Marie. Il les appelle « les Anciens » ce qui montre bien qu'il n'appartient pas à la même génération qu'eux. Après le ive siècle, apparaissent des commentateurs, qui se contentent d'expliquer les œuvres antérieures, sans faire d'apport personnel original.


Zosime a donc vécu à l'époque du plein épanouissement de l'alchimie gréco-égyptienne.

À l'époque byzantine, l'encyclopédie grecque la Souda de la fin du ixe siècle, consacre la notice suivante à Zosime : « Zosime d'Alexandrie, philosophe. Écrits chimiques (dédié) à Théosébie, sa sœur : ils sont (répartis) par ordre alphabétique en 28 livres et certains les intitulent « Tours de main » ; également la vie de Platon » (trad. de Mertens). Zosime était donc connu comme un philosophe ayant laissé des écrits chimiques (Χημευτικα, khêmeytika).

Photios (820-896) avait déjà parlé des «écrits chimiques de Zosime » απο των χυμευτιχων Ζωσιμου λογων. Pour désigner cette discipline, le grec tardif hésite entre diverses graphies : χημεια khêmeia, χημια khêmia, χυμεια khumeia, χυμια khumia.
Il va donc sans dire que ce n'est que rétrospectivement que nous appliquons le terme d'alchimiste à Zosime. Le terme grec désignant la chimie a été emprunté en arabe pour donner al Kīmija avec l'article al qui via le latin médiéval alchimia a donné alchimie en français. Zosime désigne son activité comme « l’Art » (tekhnê τεχνη art manuel) qualifié parfois de « divin » (theia θεια) ou « sacré » (iera ιερα).



La doctrine de la transmutation des métaux

À cette époque, les notions d'élément chimique, de composé chimique, de mélange et d'alliage n'existaient pas et il est donc important d'essayer de comprendre dans quel cadre intellectuel les alchimistes gréco-alexandrins opéraient.

Selon les études de Verbeke, Festugière, Michèle Mertens et Lawrence Principe, Zosime pensait que toute substance est composée de deux parties : un corps (soma σωμα) non volatil et un esprit (pneuma πνευμα) volatil. Il faut chercher les sources doctrinales de l'opposition du sôma (corps) au pneuma (air, esprit), dans la philosophie naturelle de la Grèce classique, comme celle des Stoïciens ou de Platon (Timée, 84 d). Le pneuma (spiritus en latin) désigne l'esprit d'une substance, caractérisé par sa fugacité, sa volatilité et sa subtilité. Il donne aux substances l'éclat de la vie et leurs couleurs. C'est lui qui porte les caractéristiques propres du métal. Tandis que le corps soma n'est qu'une dépouille corporelle, faite de la même substance dans tous les métaux. Somata (σωματα) désignait les quatre métaux vils (cuivre, fer, plomb et étain) qui peuvent être ennoblis en leur appliquant un pneuman.

Sachant que l’identité d'une substance dépend de son esprit, Zosime utilise le feu (à travers la distillation, la sublimation ou la vaporisation) pour séparer le corps de l'esprit. Lors de la distillation, la partie supérieure de l'alambic récupère l'esprit (pneuma) qui une fois capté pourra être fixé sur une autre substance. Le résidu de la distillation restant dans la cucurbite après la distillation est dit « le mort ». Si on peut ensuite assembler un nouvel esprit séparé à ce corps, il est alors possible d'effectuer une transmutation. Un métal étant caractérisé par sa couleur, la transmutation de celui-ci en un autre métal s'apparentait à sa teinture. Un agent de transmutation devenait une « teinture » (baphai, βαφαι). C'est grâce à son action, que l'opérateur peut ennoblir les métaux vils et produire le métal noble entre tous, l'or.

Pour Zosime, la pratique alchimique va donc consister essentiellement à séparer les substances volatiles des corps auxquels elles sont associées, ou comme il est dit parfois à transformer les corps en esprit afin de pouvoir ensuite associer ces esprits soit à d'autres corps, soit à leur corps d'origine pour les transformer. On peut voir dans cette entreprise de séparation de l’esprit du corps des métaux, un reflet de la doctrine gnostique de l’époque qui cherchait à libérer l’âme de l’homme prisonnière du corps matériel.

Les pratiquants se mirent en quête de la substance de base, de la matière première, substrat capable de porter toutes les qualités, et particulièrement celles des métaux nobles. Chez le Pseudo-Démocrite, c'est le plomb qui paraît être le meilleur point de départ. Pour Zosime, dans Mémoires authentiques, V: Sur l'eau divine, cette substance de base, nommée l'eau divine semble être le mercure. Ce dernier s'imposera ensuite dans l'alchimie médiévale, en raison de sa fluidité naturelle.

La réussite de ces manipulations nécessitait une réelle maîtrise des appareils de distillation ou de sublimation, ce qui devait nécessiter une grande habileté et une grande attention à une époque où on ne disposait pas d'instruments de contrôle tels que le thermomètre.

Dans ses écrits, Zosime présentera les différentes facettes de son art : soit des descriptions techniques des appareils et fourneaux soit des textes spéculatifs sur la structure de la matière ou des rêveries mystico-philosophiques, faites d'un mélange d'emprunts aux philosophes grecs et aux croyances en vogue à son époque, comme l'hermétisme et le gnosticisme. Il savait jouer à merveille de l’ambigüité des termes pour laisser deux lectures possibles de ses textes, métaphysique et chimique.

Rêveries, Mém. auth. XI : « Je tombai endormi. Et je vois dans mon sommeil un homoncule muni d'un rasoir, vêtu d'une robe rouge et d'un habit royal, se tenant en dehors des châtiments. Il me dit : « Que faites-vous, Monsieur ? ». Je lui répondis : « Je me trouve ici parce que, m'étant écarté de tout chemin, je suis en train d'errer. » […] Voilà qu'il fut précipité dans le châtiment, et que tout son corps fut consumé par le feu […]. Je tirai l'affaire au clair en interprétant aussi que cet homme au rasoir, c'est l'homme-cuivre […]. Je vois un vieillard chenu, complètement blanc, à tel point que, du fait de sa grande blancheur, mes yeux furent aveuglés […] Il me dit : « Je suis l'homme de plomb, et j'endure une violence intolérable ». […] Je me dis : « J'ai bien compris : c'est ainsi qu'il faut projeter le plomb ». », Mém. auth. XI.

Michèle Mertens donne l'interprètation suivante : l'homoncule habillé de rouge pourrait figurer une feuille de cuivre superficiellement colorée en or mais non transmutée. En travaillant trop vite, en réalisant en un jour une opération qui en nécessitait sept, la transmutation ne s'opère pas véritablement. Un supplice (châtiment) est infligé au métal pour le faire retourner à la matière première indifférenciée, une étape obligée de la transmutation.


La voie d'Hermès de l'alchimie

Dans sa lettre à Théosobie, Compte final I, 8, Zosime indique que la voie royale de l'alchimie passe par le recueil en soi (par l'absence de toute agitation désordonnée), par l'extinction de toutes les passions et par les sacrifices aux démons. La perfection de l'âme étant atteinte grâce à ces trois pratiques, il est alors possible d'être immergé dans le cratère (l'esprit divin) pour aller rejoindre sa fratrie. Car selon Zosime, la voie de l'alchimie pour obtenir les teintures naturelles consiste à parvenir à la connaissance de soi et de Dieu.

Dans cette approche toute imprégnée des doctrines hermétiques et Sethi-Gnostique, la transmutation des métaux apparaît comme une allégorie de la purification et de la rédemption. Le creuset alchimique est assimilé à des fonts baptismaux, et les vapeurs du mercure et du soufre sont comparées aux eaux purificatrices du baptême, qui rachètent et purifient l'initié gnostique. En cela, Zosime renvoie au symbole hermétique du « cratère » ou creuset, image de l'esprit divin par lequel l'initié d'Hermès a été admis et purifié au cours d'une ascèse visionnaire à travers les cieux et les espaces transcendants. Ces idées sur le baptême spirituel par l'eau du « Plérome » transcendant sont caractéristiques des textes séthi-gnostiques découverts à Nag Hammadi (à 75 km au sud de Panopolis).

Zosime s’appuie sur la théorie des sympathies, venue de l’occultiste Bolos de Mendès et plus tard reprise par le stoïcien Posidonios d'Apamée :

« Le minéral donne et la plante reçoit. Les astres donnent et les fleurs reçoivent. Le ciel donne et la terre reçoit. Tout s'enlace et tout se déplace. Tout se mélange et tout se recompose. Tout se mêle et tout se démêle. Chaque chose se fait selon une méthode. Sans méthode la combinaison et la décomposition de toutes choses et la connexion de l'ensemble ne se produisent pas. La méthode est conforme à la nature, donnant et enlevant le souffle, et conservant ses ordonnances en les accroissant et en y mettant fin. Et en s'accordant par la séparation et l'union, toutes les choses, pour dire bref, si la méthode est bien respectée, transmutent la nature. Car la nature retournée se retourne elle-même. Tel est le caractère de l'excellence de tout l'univers et sa connexion. »

On doit surtout à Zosime la fameuse formule :

« Un est l'Universel, par lui est l'Universel et vers lui retourne l'Universel; et s'il ne contenait pas l'Universel, l'Universel n'est rien. (Ἓν τὸ πᾶν καὶ δι' αὐτοῦ τὸ πᾶν καὶ εἰς αὐτὸ τὸ πᾶν καὶ εἰ μὴ ἒχοι τὸ πᾶν οὐδέν ἐστιν τὸ πᾶν). Un est le serpent [l'ouroboros, le serpent qui mord sa queue], celui qui possède l'ios [la teinture en violet ?, dernière étape de la transmutation après le noircissement, le blanchiment, parfois le jaunissement] après les deux traitements [noircissement et blanchissement ?]. »


(C)opyright - Philomène alchimie

Ouroubore, le serpent qui se mord la queue, sert à symboliser l'unité de la matière première, Zosime est le premier alchimiste à faire usage de ce symbole.

Selon Michèle Mertens, « Attesté aussi en Mésopotamie, l'ourobore se rencontre surtout en Égypte, et ce depuis une période très ancienne : il est déjà mentionné dans les Textes des Pyramides. Les premières représentations figurées remontent à la XVIIIe dynastie.» Auprès des gnostiques, il symbolise « le cycle de tout devenir avec son double rythme : le développement de l'Un dans le Tout et le retour du Tout à l'Un ». Zosime est le premier alchimiste à faire usage de l'ourobore.

M. Mertens paraphrase le texte de Zosime comme suit : « l'univers est un, car il est composé d'une seule substance indifférenciée à l'origine ; c'est par cette substance unique que l'univers s'est constitué, et c'est à cette substance unique que l'univers se ramènera par dissolution. Si cette substance ne contenait pas l'univers — c'est-à-dire si elle ne le recelait pas en potentialité —, cet univers n'existerait pas ».

La formule Un est l'Universel Ἓν τὸ πᾶν n'est pas de Zosime ; elle remonte fort haut dans le temps. Zosime lui-même l'impute au fondateur éponyme de l'alchimie, le mythique Chymès.

Robert Halleux et Paul Meyvart, ont montré que Mappae clavicula (Petite clé de tours de mains), recueil médiéval de 300 recettes d'alchimie et de technologie, est la traduction latine d'un traité de recettes alchimiques grec, et ont émis l'hypothèse (qu'ils jugent « hardie »), qu'il pourrait s'agir des keirokmeta perdus de Zosime.