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Huiles et onctions alchimiques



De tout temps les consécrations des lieux et des hommes se sont faites au travers de rituels, parmi ces bénédictions on trouve les objets de dévotion comme les idoles, les prières, les mantras, les encens mais aussi ce que l’on appelle les huiles et onctions.




Les origines temporelles et géographiques des onctions remontent aux périodes pré-christiques et sont évoquées essentiellement dans la bible et dans les écrits liés à l’Egypte ancienne.
A l’époque Egyptienne les prêtres enduisaient d’huiles et de graisses sacrées, Pharaon lors de la cérémonie d’intronisation afin de lui conférer certains pouvoirs divins liés à sa fonction et à ses origines divines. L’huile et l’onction ont plusieurs fonctions à remplir :

1) L’huile pour son rôle de représentation des Dieux sur la terre, en tant que témoin de passage entre le céleste et le terrestre au travers d’un messager (Pharaon).

2) Le sang de l’animal en tant que source d’appropriation du pouvoir Shamanique (anima) des forces tutélaires.

3) La graisse d’animaux comme celle du crocodile pour les Egyptiens pour son rôle de protection divine en tant qu’incarnation du pouvoir de Sobek, Dieu à tête de crocodile représentant des forces des 4 éléments : L’eau avec Osiris, la terre avec Geb, l’air avec Shou et le feu avec Rê.



On retrouve ces principes de l’huile au travers de la bible avec dans l'Ancien Testament, l'onction qui se pratiquait en versant (Samuel 16.13) de l'huile parfumée (Exode 30.22.23) sur la tête d'une personne (Lévitique 21.10) ou sur un objet que l'on consacrait à Dieu : « Avec cette huile, tu consacreras par onction » (Exode 30.22.26). Cette onction était destinée aux sacrificateurs (Exode 30.22.30) et aux objets de service (Exode 30.22.26). Il existait aussi une onction pour les rois : « Par cette onction l'Éternel t'établit chef du peuple » (Samuel 10.1). Le prophète Élisée fut également oint : « Tu iras oindre Jéhu ... comme roi d'Israël ; tu oindras aussi Elisée ... comme prophète » (Rois 1 19.16).

Le mot oindre est issu de l’'hébreu masha'h, que l’on retrouve sous la forme grecque par le verbe khrio, les noms khrisis et khrisma, et par l'adjectif substantivé ὁ χριστὸς. La forme grecque Khristos est celle du nom donné à Jésus « Christ », que les alchimistes caractérisent par leur Christos, cristal, Graal, ou encore cristal Philosophal.



De nos jours, l’huile sert avant tout à la rémission des pêchés, au pardon avant le passage au-delà, c’est la même fonction que l’obole glissée à Charon (grec : Χαρων) nocher des Enfers dont la fonction était de faire franchir le Styx aux ombres. Chaque ombre se devait de payer son passage avec une obole (c'est pour cela qu'il était coutume de mettre cette pièce de monnaie dans la bouche des morts avant les funérailles).

L’onction ne peut être donnée que par un être de lumière ou par une de ses représentations sur terre s’il a été consacré. L’onction est décernée à titre exceptionnel dans la vie d’un être terrestre, il est donné en tant que témoin du passage on ne le reçoit qu’à la naissance à un nouvel état d’élévation ou à la fin de toute ancienne vie.


Huile aurifique prête à être orientée

Les Alchimistes utilisent la pierre liquide du second ordre (huile de sacre et de force) en tant que témoignage de réception d’un disciple dans la tradition, elle est réalisée par un Adepte, se présente sous la forme de l’huile aurique (lumière manifeste) et peut s’administrer de deux manières : soit par administration buccale, soit par apposition au front et en signe de croix. Le témoignage par l’onction dispensé en complément du verbe et de la forme, représente pour l’apprenti la petite mort, fin de la vie terrestre d’homme matériel (renoncement) et renaissance en tant qu’être spirituel (éveil).


Livre entrée alchimique par la voie du milieu
L’effet de la lumière manifeste est de connecter l’apprenti devenu compagnon à l’en-deçà de la bulle, et de lui donner la possibilité de se transporter (chemin, passage, trou de verre, lac et entrelacs) au lieu de convergence originelle (lieu d’amour), au-delà de la bulle, à l’espace et au temps de la création de la lumière d’origine comme le symbolise l’Ouroboros et son cycle lumière, matière, esprit et lumière encore représenté sous la forme de la corde et de son lac d’amour.

Cet acte de Foi permet au prétendant de prendre conscience de ce qu’est le monde de l’esprit et du rapport de force de l’immatériel (lumière) contre le matériel (ténèbres).

Au travers du rite de l’onction, l’esprit Saint descend sur le récipiendaire sous la forme d’une grâce qui lui procurera la renaissance spirituelle au travers d’une union mystique avec la conscience universelle. Les effets sont multiples, dialogue mystique par l’esprit tout au long de la vie, compréhension aux mystères de l’univers, dons de divination, préscience et pré-conscience, restauration de la vie et anéantissement des obstacles à la lumière comme la maladie.

Toutefois la transmission par l’onction comme la réception doit-être sur le libre arbitre de chacun Adepte comme Disciple, car cette lumière est double, à la fois salvatrice et meurtrière puisque l’élu au cœur pur recevra la chaleur de la lumière à travers lui et fera germer le fruit des vertus, là où le dissident se verra brûler par ce même feu, car indigne de le recevoir, avec une lumière qui ne fera que fortifier le fruit des vices. On ne trompe jamais que soi-même dans ce rite de pas-sage, qui est un acte de Foi où Dieu reste seul juge.



Mais l’huile aurique des alchimistes qui se suffit à elle-même en tant qu’huile minérale ne peut se voir dispenser directement dans le règne animal, elle doit évoluer dans les trois règnes l’un à l’autre et le minéral pour passer à l’animal, doit passer par le végétal, ce que l’on fait en l’associant (procédé alchimique de la mixtion : par le corps, le verbe et la forme) avec d’autres huiles végétales, comme les huiles essentielles. Ainsi la lumière trépasse pour revivre dans les trois règnes : du minéral au végétal, et du végétal à l’animal.




Le Saint Chrême
La religion chrétienne fait appel en permanence aux huiles et parfums au titre de l'onction, le plus célèbre mélange est appelé saint chrême, qui consiste en un mix d'huile d'olive de l'arbre dénommé oleum ex oliva et de parfum extrait d'une résine de l'arbre dénommé Commiphora opobalsamum. Certains y ajoutent également du safran, de la cannelle, de l'essence de rose, ...

Son usage est multiple, l'onction étant une partie vivante de la liturgie chrétienne : baptême, ordination, sacrement des objets du culte et de son mobilier.

Il existe également d'autres huiles comme : l'huile des catéchumènes et l'huile des malades.



Le saint chrême et le sacre des Rois de France



Lors du sacre des Rois de France, l'onction est réalisée à partir de saint chrême et d'un extrait de la Sainte ampoule qui ne sera pas sans nous rappeler l'huile aurifique des alchimistes, qui cette fois-ci est de couleur jaune ou rouge si l'huile aurifique est réitérée ; elle a alors la particularité de passer de l'état solide à l'état liquide lorsque l'officiant la prend dans la chaleur de ses mains.


La sainte ampoule est à Reims
Source : La sainte Ampoule du sacre des rois de France histoire et légendes de l'abbé Jean goy

Il est dit que c’est à Reims que les rois très chrétiens reçoivent la grâce de l’onction de la sainte Ampoule envoyée du ciel. L’évêque Hincmar est le premier à faire le lien entre le baptême de Clovis et le sacre des rois de France. Il a fait de la sainte Ampoule un symbole de l’origine divine et du pouvoir des rois de France et aussi du symbole de la continuité de la royauté française.

Envoyée par Dieu, la sainte Ampoule marquait une certaine préférence de Dieu pour la royauté française. L’importance du sacre à Reims est telle que l’exemple de Jeanne d’Arc issue du peuple et envoyée par Dieu, pour le respect du droit, le but de sa mission sera de persuader le roi de faire ce voyage à Reims pour le sacre pour que le gentil dauphin devienne le gentil Roi afin que nul n’ignore qu’il est le vrai Roi de France celui auquel le royaume doit appartenir.


Description de la Sainte Ampoule



Le reliquaire : Voici la description du reliquaire, telle que la donne dom Marlot : La colombe est posée sur un cadre d’argent doré à l’exception de la plaque où elle est assise qui est d’or semée de pierreries. Le cadre est sur une assiette d’argent doré semée de pierreries dont la bordure est d’or où est attachée une chaine d’argent que l’abbé met en son col ; lorsqu’il la porte en la grande église pour le sacre. Les dimensions du cadre auraient 102 mm de longueur et 80 mm de largeur. L’ensemble du reliquaire aurait une vingtaine de centimètres de haut.

La fiole : C’est également dom Marlot qui donne la description de la précieuse fiole. D’abord, les dimensions : hauteur 42 mm, largeur au col 16 mm, largeur au fond 29 mm. « La matière quoi que difficile d’en juger , semble de verre ou de cristal ; laquelle est d’une couleur tannée, et un peu transparente à la vue : sa grosseur est comme une figue de moyenne grandeur : elle a le col blanchâtre, pour ce qui est vide : son bouchon est d’un taffetas rouge : et si vous y appliquez l’odorat, elle sent tout à fait le baume le plus exquis. La liqueur qui est dedans n’est pas entièrement liquide, mais ressemble à un fin baume congelé… Il y a diminution du tiers et non plus ».

La légende : Dès le XIIIème siècle, on racontait que le flacon, jadis apporté par la colombe, bien qu’à chaque sacre on dû y puiser quelques gouttes, le niveau du liquide ne changeait jamais. Plus tard, on se persuada, au contraire, que, après le sacre accompli, cette étonnante fiole se vidait soudain ; elle se remplissait de nouveau, sans que nul n’y touchât, immédiatement avant le sacre suivant.

La révolution : le cinq octobre 1793, le conventionnel Rhül arrive à Reims. Le lendemain il annonce : « Je me propose de donner une fête à nos bons patriotes et amis en brisant la charmante babiole ». Et c’est en présence des autorités locales que la sainte ampoule fût brisée.

Reims capitale du gallicanisme : En effet c’est la sainte Ampoule qui donne à Reims toute sa dimension de capitale des sacres ; mais aussi la capitale incontestable du gallicanisme, car depuis Clovis tous les Rois de France chefs de l’Eglise gallicane ont été oints avec le contenu de la sainte Ampoule.


Reliquaire de la Sainte-Ampoule conservé au trésor du palais du Tau à Reims (France)