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Saint-Michel au Mont-Dol (© Art et Symboles)

Saint-Michel au Mont-Dol


SAINT-MICHEL

aint-Michel est un des trois Archanges reconnus par l’église catholique : Saint-Michel (le combattant), Saint-Gabriel (l’annonciateur) et Saint-Raphaël (le guérisseur). Il est parfois confondu avec Saint-Georges car lui aussi combat le dragon, mais alors que ce dernier est un homme à cheval – cavalier – Saint-Michel est un Archange et est donc de fait représenté ailé. L’origine de Michel est mi-kha-El, qui en Hébreu signifie littéralement : « qui est semblable à Dieu ».

Un combattant ! Michel ou Michaël (qui est l’anagramme d’alchimie1 ) est le chef de la milice des anges et à ce titre dirige les armées angéliques. Il a purgé le monde Céleste du mal qui l’infestait et l’a jeté en terre (terrassé2 ). En tant que guerrier, il est représenté robe courte et armé, soit d’une épée et d’un bouclier, soit d’une lance. Il peut aussi être représenté enchaînant « la bête » ou tenant le fléau de la balance de justice (séparation du pur et de l’impur) dans la main gauche, car il est aussi psychopompe, c’est-à-dire guidant les âmes après la mort. Toutes ces représentations sont codifiées de manière très précise, et si certaines sortent du ca-non elles sont soit dévoyées soit elles en sortent de manière accidentelle ou par ignorance.

Que fait Saint-Michel ? avec sa lance ou avec son épée. L’expression « terrasser » dont nous venons de voir le sens, signifie bel et bien qu’il ne tue pas le dragon (il en a besoin), mais qu’il le met en terre. Maintenant la pression sur ce dernier à l’aide de son pied droit, le pied gauche souvent relevé rappelle sa nature céleste et aérienne. S’il ne tue pas le dragon, que fait-il de lui ? On note que lorsque Saint-Michel utilise sa lance, celle-ci est positionnée précisément dans la gueule de la bête.

Le dragon garde un feu qu’il crache par la gueule, feu qu’il détient et que l’Archange doit lui reprendre afin d’en faire bon usage. Voilà bien le travail du Héros : reprendre ce feu volé et réunir les forces d’en-haut avec les forces d’en-bas. Dans ce combat, il dispose d’une arme qui le rend invincible vis-à-vis du dragon : sa lance ! Mais ce n’est pas une lance ordinaire, il s’agit de la Lumière, lumière Divine, celle contre laquelle le dragon ne peut rien. Henri Coton Alvart dans son ouvrage « Les Deux Lumières » nous dit ceci : « L’arme de l’archange et l’agent qu’emploie l’alchimiste son humble servant sont une unique et même chose, la seule qui puisse vaincre le dragon, la seule devant quoi il recule. C’est la Lumière première, la merveille de la création initiale, créée par Dieu sans intermédiaire. » Et nous voici donc introduits dans le monde mystérieux de l’alchimie.




Saint-Michel terrassant le dragon - église de Camon (© Art et Symboles)

REPRESENTATION ALCHIMIQUE OU RELIGIEUSE

La France est fille de l’église romaine, et historiquement placée sous la protection de Saint-Michel. Ce qui donne à ce dernier une dimension religieuse exceptionnelle. D’ailleurs Louis XI crée en 1469 un ordre de chevalerie : « d’Ordre et aimable compagnie de monsieur saint-Michel ». Cela n’empêche guère les alchimistes de perpétuer sous forme cachée leur message hermétique dans les représentations du combat de Saint-Michel contre le dragon. Il y aurait donc deux lectures ? Une religieuse et une alchimique. Les alchimistes auraient laissé un message masqué dans ces représentations ? Nous n’en doutons pas un instant. Toutefois, à partir d’une certaine époque, les choses changent et on trouve de plus en plus l’évocation d’un combat entre l’Archange et le démon. Fini le dragon et place à Satan. C’est le cas de la représentation célèbre de la fontaine Saint-Michel de Francisque Duret, à Paris. Avec l’imagerie religieuse on symbolise une lutte entre le bien et le mal et on est alors loin de la symbolique alchimique, qui toutefois nous mène au même but : déposséder le sujet de ce mal qui l’infecte. Mais revenons à notre dragon et au sort vertueux qui l’attend : la rédemption ! Nous l’avons dit, l’Archange Saint-Michel n’est pas un tueur mais un rectificateur, dans le sens de rendre droit et son ouvrage comme celui de l’alchimiste – son serviteur – est de rectifier sa matière. Celle du creuset ! Creuset qui est la tête décalottée du démon et dont on voit la représentation figurée dans un vitrail de la cathédrale Notre-Dame de Rouen (plus de détail voir : Rouen Alchimique).



Démon-creuset - Notre-Dame de Rouen (© Art et Symboles)

On le comprend, l’authentique alchimiste n’est pas un faiseur d’or, mais un mystique qui recherche la perfection avant tout et œuvre pour son salut dans un but altruiste. Ceux qui se sont adonnés à la quête de l’or – les souffleurs3 – ont cherché en pure perte et se sont perdus dans leur folie.


L'EGLISE SAINT-PIERRE DU MONT-DOL

Mais revenons au Mont-Dol puisqu’il s’agit de notre lieu d’étude, endroit magique nous le savons. Il n’y a qu’à voir ce pays plat à perte de vue d’où a surgi cette impressionnante excroissance tellurique. En résonnance avec le Mont Saint-Michel et Tombelaine, le lieu est riche en récits fabuleux relatant des faits extraordinaires mettant en action Saint-Michel et le diable. On ne s’étonnera donc pas de trouver sur le site la représentation de l’Archange. C’est dans l’église Saint-Pierre que nous rencontrons notre héros, aux prises naturellement avec la bête. On le retrouve représenté en haut du retable (du moins il y était encore il y a peu avant d’être mis à l’abri) et côté sud à côté de l’autel.


LA BETE ENCHAINEE

La statue qui était en place en haut du retable représente Saint-Michel enchaînant la bête, le pied gauche la maintenant au sol et tenant dans la main droite au-dessus de sa tête, une épée. Mais celle-ci ayant disparu il ne nous reste plus que les spéculations sur sa forme. Nul doute que celle-ci devait être soit ondulée – comme on peut voir dans la cathédrale de Bayeux ou au Mont Saint-Michel – soit directement sous la forme d’une flamme, afin de représenter le feu Céleste. La bête enchaînée (apocalypse de St-Jean4 ) est fixée en terre, là encore symbolique alchimique. Ce magnifique retable est daté de la deuxième moitié du XVIIe siècle et d’après la notice Palissy (IM35005085), est en bien mauvais état. Ce que nous confirmons puisque au moment où nous écrivons ces lignes, la statue a été retirée du retable pour cause de vétusté. Le bois, attaqué par les insectes, menaçait de s’effondrer sur les personnes. La statue de l’Archange Michel a donc été placée en convalescence en attendant une rénovation salvatrice.


L'ARCHANGE AU LONG BRAS

Quant à la statue qui est toujours présente à gauche de l’autel, il s’agit d’une belle œuvre en bois fruitier teinté présentant encore des traces de couleur, ce qui indique une ancienne polychromie. Elle représente Saint-Michel terrassant le dragon, lance à la main. Cette représentation est conforme à ce que nous avons dit plus haut sur la tradition sauf qu’on y décèle une anomalie de taille : la lance ne tombe pas au bon endroit. En effet, nous avons vu que Saint-Michel ne tue pas le dragon mais qu’il place sa lance dans sa gueule. Pourtant, ici, la lance lui perce le flanc. Alors, où se trouve l’erreur ? un autre indice nous oriente vers l’origine du problème : la main droite ne tient pas la lance et semble décalée vis-à-vis de celle-ci. C’est donc que le bras gauche qui maintient fermement le milieu de la lance est trop long ! Une analyse plus approfondie du coude gauche montre une réparation faite d’une pièce de bois rapportée, et qui allonge l’avant-bras de quelques centimètres.



SAINT-MICHEL - EGLISE SAINT-PIERRE DU MONT-DOL (© Art et Symboles)

Voici donc l’explication qui démontre que la pointe de la lance était bien positionnée dans la gueule du dragon. La notice Palissy (PM35002076) confirme ce fait : une restauration a bien eu lieu au XIXe siècle5 . Ce décalage a-t-il été voulu ? est-ce par méconnaissance ou pour modifier le sens de cette représentation ou est-il purement accidentel ? Nul ne saura le dire ! Ce qui est certain c’est qu’en restituant le message originel, ce combat reprend sa valeur mystique et alchimique, dépassant le simple fait religieux. Peut-être un jour, un artiste talentueux saura lui restituer sa posture initiale. Vous trouverez ci-dessous notre reconstitution de ce que devait être la statue initiale :



SAINT-MICHEL - RECONSTITUTION - EGLISE SAINT-PIERRE DU MONT-DOL (© Art et Symboles)

Ajoutons ceci pour terminer : nous avons dit plus haut que ces représentations sont codifiées, nous allons en donner la preuve. Ce dragon est aptère6 et apode7 , ni fixe ni volatil, et ceci par la main de Saint-Michel prend tout son sens « terrifiant », pour le dragon bien entendu …


1. « Ainsi que l'indique déjà clairement son nom Michael anagramme d'Alchimie, saint-Michel est la représentation de l'alchimiste » Paul Le Cour – n°76 revue Atlantis.
2. « Dans le monde supérieur qui dispose des autres, MiKaEl a débarrassé le règne angélique de l'esprit du mal en le jetant en terre. » Henri Coton Alvart – Les Deux Lumières.
3. Nommés de la sorte, assez ironiquement, parce qu’ils passaient leur vie à souffler sur les braises.
4. "Et j'ai vu un ange descendre du ciel avec la clé de l'abîme et une grande chaîne dans la main. Il a tenu le dragon, l'antique serpent qui est le diable et le Satan, et il l'a enchaîné pour mille ans. Il l'a jeté dans l'abîme, et il a fermé et scellé par-dessus, qu'il n'égare plus les nations, jusqu'à la fin des mille ans." (Apocalypse, XX, 1-3.)
5. Palissy PM35002076 : « et probablement restaurée au 19e siècle (reprise de pièces de bois, décapage) ; elle provient de la chapelle Notre-Dame de l'Espé-rance à Mont-Dol »
6. Dépourvu d’ailes, non volatil.
7. Dépourvu de pattes, non fixe.


par : Jacques Hylae (8/2020) (© Art et Symboles) - toute reproduction même partielle interdite