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Meduse - Medusa - Gorgone



Méduse (en grec ancien : Μέδουσα, Médousa), parfois Médusa, appelée aussi la Gorgone (Γοργώ, Gorgô), est dans la mythologie grecque l'une des trois Gorgones (avec ses sœurs Euryale et Sthéno).

Elle est la seule à être mortelle. Fille de Phorcys et Céto, et donc petite-fille de l'union de la Terre (Gaïa) avec l'Océan (Pontos), elle appartient au groupe des divinités primordiales, tout comme ses cousines, la Chimère et l'Hydre de Lerne, qui, elles aussi, avaient des traits associés à l'image du serpent et ont été détruites par des héros. Même si elle figure au fronton de plusieurs temples, elle ne faisait l'objet d'aucun culte.

Ses yeux ont le pouvoir de pétrifier tout mortel qui croise son regard. Après avoir été décapitée par Persée, son masque — le γοργόνειον / gorgóneion — est remis à Athéna qui le fixe sur son égide. La représentation du gorgonéion sera longtemps utilisée comme une protection contre le mauvais œil.

Généralement représentée de face, elle avait à l'époque archaïque un visage de sanglier, des yeux exorbités, des crocs, la langue pendante et des serpents dans la chevelure ou à la taille. Ses traits s'humanisent et se féminisent à l'âge classique et, placées dans des contextes similaires, les représentations figurées resteront remarquablement stables durant plus d'un millénaire avant d'être réinventées successivement à la Renaissance et par les peintres de la fin du xixe siècle.

De monstre qu'elle était, Méduse est devenue l'archétype de la femme fatale. Le mythe, qui peut être vu comme un conte d'initiation, a alimenté des recherches sur la puissance du féminin, le pouvoir du regard, l'importance des talismans, l'angoisse de castration, le rapport intime au monstrueux et l'existence de sociétés matriarcales préhistoriques. La figure de Méduse est toujours présente dans la culture contemporaine et a été revendiquée comme un puissant symbole de rage et de pouvoir par le courant féministe.



Le mythe dans l'Antiquité



Étymologie


Le nom de Méduse (en grec : ἡ Μέδουσα) est le participe présent du verbe μέδω : régler, protéger, régner sur. Il peut donc se traduire par « la protectrice ». Dans les premiers états du mythe, Méduse est souvent désignée comme la Gorgone, du mot γοργος qui signifie « effrayant ». Selon Thalia Phillies Howes, le mot Gorgone dérive de la racine indo-européenne garj qui désigne un cri terrifiant. Le bruit terrifiant qu'émet la Gorgone est un de ses attributs essentiels selon Vernant, qui s'appuie sur Pindare : « des mâchoires rapides des Gorgones poursuivant Persée s'élève une plainte criarde et ces cris s'échappent tout à la fois de leurs bouches de jeunes filles et des têtes horribles des serpents qui leur sont associés. Ce cri aigu, inhumain, c'est celui qu'outre-tombe font entendre les morts dans l'Hadès. »


Les sources anciennes


Les premières mentions du mythe apparaissent chez Homère, qui ne cite jamais Méduse ni Persée, mais seulement la Gorgone, et celle-ci est simplement une tête monstrueuse placée sur l’Égide. Ainsi, quand Athéna est prête à se lancer dans la bataille, elle « jette sur ses épaules la formidable égide que la terreur environne de toutes parts : sur cette égide sont la Discorde, la Force, la Poursuite et la tête effroyable et terrible de Gorgone, monstre d'un horrible aspect, prodige de Jupiter ».

Le bouclier d'Achille est muni d'une tête de Gorgone sculptée sur un fond d'émail noir, « à l’aspect effrayant et aux regards horribles » 9. Dans l’Odyssée, alors qu'il est descendu aux Enfers, Ulysse craint que Perséphone ne lui exhibe « la tête de l’horrible Gorgone » et fait immédiatement demi-tour. Selon Vernant, cela laisse entendre que Gorgone « est chez elle au pays des morts dont elle interdit l'entrée à tout homme vivant. »

Hésiode nomme trois Gorgones : Euryalè, Stheinô et Méduse, cette dernière étant proprement la Gorgone, et il donne les premiers éléments du mythe (voir ci-contre). Au vie siècle av. J.-C., le Pseudo-Hésiode mentionne l'exploit de Persée dans Le Bouclier d'Héraclès. Le poète tragique Eschyle a consacré une tétralogie à ce mythe dont on ne connait que des fragments (Danaé, Les Phorkides, Polydecte et Les Tireurs de filet).

Au ve siècle av. J.-C., Pindare évoque « les affreux gémissements des Gorgones et les sifflements que poussèrent les serpents entrelacés sur leurs têtes ». Dans le même poème, il décrit Méduse comme ayant de « belles joues » et attribue l'invention de la flûte au désir d'Athéna d'imiter avec cet instrument « les cris lugubres que de sa bouche effroyable poussait la féroce Euryale », sœur de Méduse. Cette mention établit un lien entre Méduse et l'art de la musique.

Vers la fin du ve siècle av. J.-C., Euripide livre d'autres éléments du mythe dans Ion. Il rappelle que « la Terre enfanta la Gorgone, ce monstre terrible » dont le « corps était armé de vipères aux plis tortueux », que « Pallas, la fille de Jupiter, lui donna la mort » et « couvrit sa poitrine de sa terrible dépouille ». La mère d'Ion possède deux gouttes du sang de la Gorgone : « Celle des deux gouttes qui a coulé de la veine cave / Chasse les maladies et entretient la vie », tandis que l'autre « donne la mort ; c'est le venin des serpents de la Gorgone ».

En outre, le lange dont elle avait emmailloté son bébé portait en son centre la figure de la Gorgone.


Le mythe


Dans les premiers états du mythe, « la Gorgone est un monstre, l'une des divinités primordiales, appartenant à la génération pré-olympienne. Puis on en vint à la considérer comme une victime d'une métamorphose. » Ce monstre hybride avait des ailes d'or, des mains de bronze et des défenses de sanglier. Elle est parfois représentée sous la forme d'un centaure femelle (voir ci-dessous). Sa demeure varie selon les auteurs : elle est située à l'extrême ouest du monde, du côté des Hespérides selon Hésiode, chez les Hyperboréens au nord selon Pindare ou, le plus souvent, à l'ouest de la Libye.

Le mythe a longtemps été connu par le récit qu'en fait Ovide au livre IV des Métamorphoses, mais cette version présente quelques détails qui ne correspondent pas aux autres sources. En revanche, la version qu'en donne Apollodore au iie siècle est considérée comme plus fiable car elle est corroborée par le récit que donnait déjà Phérécyde au ve siècle av. J.-C., récit qui nous est connu par des scholies apposées en marge d'un ouvrage d'Apollonios de Rhodes.

Les spécialistes en concluent que la version d'Apollodore était en vigueur depuis au moins le ve siècle av. J.-C. et qu'elle avait même probablement acquis sa forme définitive dès le viiie siècle av. J.-C. compte tenu des éléments convergents avec les sources anciennes, depuis la Théogonie d'Hésiode jusqu'à Euripide.


Le récit mythologique


Fille de Phorcys et de Céto, et donc sœur des Grées, mais mortelle, Méduse est une belle jeune fille dont Poséidon s'éprend. Violée par ce dieu dans un temple dédié à Athéna, elle est punie par cette même déesse qui la transforme en Gorgone. Ses cheveux deviennent des serpents, ses yeux se dilatent et désormais son regard pétrifie tous ceux qui le croisent. Selon une autre version, que cite Apollodore, Méduse était une jeune fille tellement fière de sa beauté et de sa chevelure qu'elle avait osé rivaliser avec Athéna. Pour la punir, la déesse changea ses cheveux en serpents et modifia son regard26. De même, selon Ovide « parmi tous ses attraits, ce qui charmait surtout les regards, c’était sa chevelure ». Elle vivait sur l'île de Sériphos.

Or, Danaé, chassée d'Argos avec son fils Persée, est recueillie par Dictys, un pêcheur de cette île. Celui-ci la prend dans sa maison et élève son enfant. Comme Polydecte, frère jumeau de Dictys et roi de l'île, s'était épris de Danaé et cherchait un moyen d'écarter le jeune Persée, il l'invite avec d'autres à lui faire cadeau d'un cheval pour la dot d'Hippodamie. Persée ayant répondu par bravade « la tête de Méduse ! », le roi le prend au mot et déclare que s'il ne la lui apportait pas, il épouserait Danaé. Se lamentant sur son triste sort, Persée se rend à l'autre bout de l'île.

Il rencontre le dieu Hermès, qui lui dit de ne pas se décourager. Avec son aide et celle d'Athéna, Persée se rend chez les sœurs des Gorgones, les Grées (les « Vieilles »), qui sont nées avec des cheveux blancs et vivent dans une grotte où ne pénètre jamais la lumière du Soleil ni la clarté de la Lune ; elles n'ont ensemble qu'un seul œil et une seule dent, qu'elles se passent à tour de rôle. Comme elles refusent de coopérer, il leur subtilise leur œil et leur dent au moment où elles se les passaient de l'une à l'autre, pour les forcer à lui répondre. Il apprend ainsi le chemin qui mène chez les nymphes, après quoi il leur rend l'œil et la dent, ou, selon une autre source, il jette ceux-ci dans le lac Triton, en Libye, afin de les neutraliser définitivement.

Arrivé chez les nymphes, celles-ci lui indiquent la grotte où se trouvent les Gorgones et lui remettent trois objets magiques : des sandales ailées qui permettent de voler, le casque d'Hadès (la kunée) qui rend invisible parce qu'il est, selon Vernant, le « masque d'un trépassé », ainsi qu'une besace (la kibisis) pour y placer la tête de Méduse.

Ainsi équipé, Persée vole jusqu'au rivage de l'Océan et arrive dans la grotte où les trois Gorgones sont en train de dormi. Elles sont monstrueuses, avec leurs têtes couvertes d'écailles, leurs défenses de sanglier, la langue pendante, des yeux exorbités, des ailes et des mains de bronze, ainsi que des serpents autour de leur poitrinen. Quiconque les regardait est changé en pierre. Couvert du casque d'invisibilité et ayant bien soin de détourner la tête, le héros réussit à s'en approcher grâce au reflet que lui renvoie son bouclier poli comme un miroir. Il se saisit de Méduse à tâtons et, Athéna guidant son bras, il la décapite avec la harpè, épée courbe qu'il tiendrait d'Hermès selon Apollodore.

Du cou tranché de Méduse jaillissent deux fils, Chrysaor, père de Géryon, et Pégase, le cheval ailé. Le sang qui sort de sa blessure est recueilli par Asclépios : celui qui coulait de la veine gauche est un poison, tandis que celui de la veine droite est un remède capable de ressusciter un mort, le mythe manifestant ainsi l'ambivalence caractéristique du pharmakon.

Visage massif de la Gorgone avec la langue pendante, l'œil droit ouvert et le gauche fermé, des ailes en spirale attachées dans le dos, un genou à terre.) Méduse tient Pégase dans une main et tenait peut-être Chrysaor dans l'autre. Les couleurs sont d'origine. viie siècle av. J.-C. (Museo archeologico regionale di Siracusa).

Persée met la tête de Méduse dans sa besace et s'enfuit à l'aide de ses sandales ailées, tout en étant dissimulé, grâce à son casque d'invisibilité, aux deux autres Gorgones qui le poursuivent en poussant des lamentations. Il se sert de la tête de Méduse, qui n'a rien perdu de son pouvoir, pour pétrifier Atlas — un des titans défaits jadis par les Olympiens —, parce que celui-ci lui refuse l'hospitalité alors que tombait la nuit. Le lendemain, alors qu'il survolait le désert de Libye, quelques gouttes de sang tombées de la tête de Méduse se transforment en dangereux serpents, dont l'un tuera plus tard un des Argonautes.

Continuant son voyage, Persée aperçoit la vierge Andromède attachée nue à un îlot rocheux en guise de sacrifice à Kétos, un monstre marin envoyé par Poséidon. Il la délivre, en devient instantanément amoureux et finit par l'épouser, après avoir obtenu l'accord des parents en tuant le monstre qui ravageait leur pays. Au passage, les algues autour du rocher ont été pétrifiées en corail. Comme l'oncle d'Andromède, Phinée, lui cherche noise en prétendant que la jeune fille lui était promise. Persée le pétrifie à l'aide du gorgonéion.

Rentré à Sériphos avec Andromède, il apprend que Danaé et Dictys se sont réfugiés dans un temple pour échapper aux avances de Polydecte accompagné de son armée. Il pétrifie ces derniers, établit Dictys comme roi de Sériphos et part pour Argos avec Danaé et Andromède. Enfin, il fait remettre aux nymphes les trois objets magiques qu'elles lui avaient donnés et offre à Athéna la tête de Méduse, que la déesse, avec l'aide d'Héphaïstos, fixe sur l'égide. Celle-ci, fabriquée à partir d'une peau de chèvre ou de la propre peau de Méduse écorchée, avait également pour fonction de semer l'effroi, tout comme le gorgonéion, dont elle est en quelque sorte le double.

Lorsqu'Héraclès part en expédition militaire contre Hippocoon fils d'Œbale, qui avait usurpé le trône de Sparte, il reçoit l'appui de Céphée, le roi de la ville arcadienne de Tégée, qui se joint à lui avec tous les hommes de la ville. Afin que la ville reste protégée en leur absence, Héraclès remet à Astéropé, l'une des filles de Céphée, une boucle de la chevelure de la Gorgone que la déesse Athéna lui a prêtée pour l'occasion.



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