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Qui était Michael Maier ?



Michael Maier (1568 ou 1569 - 1622) est un médecin et alchimiste allemand, qui fut conseiller de l'empereur romain germanique Rodolphe II de Habsbourg. Il est principalement connu pour avoir rédigé un traité d'alchimie en 1617 intitulé Atalanta Fugiens, traduit en Atalante Fugitive

Sa seule biographie connue date de 1609 et se trouve en tête de l'ouvrage : De Medicina Regia et vere heroica, Coelidonia, publié en quelques exemplaires à Prague.
Il naquit probablement à l'été 1569 (plutôt qu'en 1568 comme souvent indiqué), dans une famille originaire de Kiel alors dans le duché de Holstein1. Son père, Peter Maier (mort en 1582), était un artisan de luxe dans la broderie de perles, et fut au service de Heinrich Rantzau (1526-1598), gouverneur du Holstein et du Schleswig pour le roi Frédéric II de Danemark.
Michael Maier reçut dans son enfance une éducation humaniste, pendant laquelle il développa notamment la composition de poésie latine.

De 1587 à 1591, il étudia à l'Université de Rostock la physique, les mathématiques, la logique et l'astronomie et la médecine. Il retourna chez lui en 1591, sans avoir obtenu son diplôme, peut-être par manque d'argent. Il écrivit alors deux longs poèmes en latin louant les Rantzau qui avaient patronné son père.

En 1592, il continua ses études de médecine à l'Université Viadrina de Francfort-sur-l'Oder, et obtient sa licence en 1592, tout en continuant à écrire des poèmes sous le pseudonyme de Hermes Malavici (un parmi la douzaine d'anagrammes de son nom Michael Maierus, dont la devise res mea luce mihi dernière partie d'un distique élégiaque "Fulgeat Aetheriâ res mea luce mihi" : "du moment que ma matière brille pour moi d'une lumière éthérienne".
Il commença à pratiquer en tant qu'assistant de Matthias Carnarius (avant 1562–1620), médecin du duc Jean Adolphe de Holstein-Gottorp.

Il étudie la philosophie et la médecine à Rostock(1587), Francfort-sur-l'Oder (1592), et Padoue. Il obtient son doctorat de médecine en 1596 à Bâle, et revient à Rostock pour exercer. Il pratique également brièvement vers 1601 à Konigsberg et à Dantzig. Vers cette époque il commence à s'intéresser à l'alchimie.

En 1608 il va à Prague, et en 1609 il devient médecin et conseiller impérial de Rodolphe II, du fait de la passion de l'empereur pour l'alchimie et l'occulte.

En 1611, il effectue un voyage à Amsterdam, dont on sait peu de choses. Cette même année, Rodolphe, malade, abdique et meurt l'année suivante.

Entre 1612 et 1616, Maier gagne l'Angleterre et la cour de Jacques Ier. Il y rencontre Robert Fludd.

Vers 1614 il y publie Arcana arcanissima. Il sert aussi d'autres princes allemands, en particulier le prince de Nassau, grand protecteur de l'alchimie. Il publie, en 1617 à Oppenheim chez Jean-Théodore de Bry, l'Atalanta fugiens, un livre d'emblèmes alchimiques ; outre des gravures et des poèmes, il contient cinquante morceaux de musique.


Luthérien, Michael Maier est l'un des principaux commentateurs des manifestes Rose-Croix, publiés en Allemagne de 1614 à 1616. Dans Silentium post clamores (1617), il défend la mystérieuse fraternité contre les calomniateurs, et lui attribue une origine égyptienne ; en 1618 il fait publier à Francfort la Themis aurea.

En 1619 il devient le médecin du landgrave Maurice de Hesse-Cassel. En 1620 il part pratiquer la médecine à Magdebourg où il meurt en 1622, laissant de nombreux travaux non-publiés.


Michael Maier - ATALANTA FUGIENS EMBLEMATA NOVA DE SECRETIS NATURAE CHYMICA (1618) en 51 gravures
Ces notices font partie d’une série : Michel Maier, Atalanta Fugiens, à Oppenheim, J. Galler pour J. Th. de Bry, 1618

Explications détaillées et mise en musique

Atalante fugitive avec explications

Atalante fugitive en musique


00 - Frontispice


ATALANTE FUGITIVE
ou nouveaux emblèmes chymiques des secrets de la nature
adaptés en partie aux yeux et à l'intelligence par des figures gravées dans le cuivre et des légendes qui leur sont adjointes, par des épigrammes et des notes, et en partie aux oreilles et à la création de l'esprit par plus ou moins 50 fugues musicales à trois voix dont deux correspondant à une seule mélodie, simple, très adaptée au chant des distiques, destinéées à être vues, lues méditées, comprises, jugées, chantées et écoutées non sans un agrément particulier.

Épigramme de l'Auteur
L'audacieux jeune homme emporta le trésor
Du jardin d'Hespéros quand des mains de Cypris
ll eut reçu le triple fruit.
La Vierge fuit ; il suit et lance sur le sol
La pomme qui l'attire et ralentit sa course.
Vite il bondit ; mais elle, vite, le devance,
Plus prompte que l'Eurus. Il sème devant elle
De nouveaux présents d'or. La Vierge un court instant
S'attarde, mais bientôt elle fuit de plus belle,
Jusqu'à ce que, l'amant renouvelant les poids,
Noble prix, Atalante à son vainqueur se rende.
Hippomène est le force du Soufre ; la Vierge
Mercure fugitif ; le mâle vainc la femme.
Lorsque, saisis d'amour, ils s'étreignent tous deux,
Au temple de Cybèle, irritant la déesse,
Elle se venge en les vêtant de peaux de lions
Qui font rougir leurs corps et les rendent sauvages.
Pour exprimer au mieux ce que fut cette course
Ma Muse t'offre ici les trois voix de la fugue.
L'une est simple et durable ; elle est le fruit qui retarde ;
Mais la seconde fuit, que poursuit la troisième.
Des oreilles, des yeux accueille ces emblèmes,
Puis guide ta raison vers leurs signes secrets.
J'ai mis devant tes yeux l'appât de ces images :
L'esprit doit y trouver les choses précieuses.
Les biens de l'univers, les remèdes qui sauvent
Te seront tous donnés par ce double lion.


01 - Le vent l'a porté dans son ventre - Mercure enfanté par le vent

Épigramme I
L'embryon enfermé dans le sein de Borée S'il apparaît un jour, vivant, à la lumière Peut, lui seul, surpasser les labeurs des héros Par son bras, son esprit, son corps ferme, son art. Qu'il ne soit pas pour toi avorton inutile, Agrippa ou Céson, mais né sous un bon astre.


02 - La terre est sa nourrice

Épigramme II
On dit que Romulus têta une âpre louve, Jupiter, une chèvre, et que c'est assuré. Faut-il donc s'étonner si, selon nous, la Terre A nourri de son lait le tendre fils des Sages ? Quand d'un faible animal le lait fit ces héros, Comme il sera donc grand, celui dont la nourrice Est le globe terrestre !


03 - Va trouver la femme qui lave du linge et imite-la.

Épigramme III
Toi qui aimes scruter les vérités cachées Sache de cet exemple extraire tout l'utile : Vois cette femme, comme elle purge son linge Des taches, en jetant dessus de chaudes eaux. Imite-la : ton art ne te trahira point. L'onde lave en effet l'ordure du corps noir.


04 - Unis le frère à sa sœur et fais-leur boire le philtre d'amour.

Épigramme IV
La race des humains n'emplirait pas le monde Si la première sœur n'eût épousé son frère. Va, unis donc ces premiers-nés des deux parents Afin que sur la couche on ait mâle et femelle. De la Philothésie offre-leur le nectar. L'amour en eux engendrera l'espoir du fruit.


05 - Place le Crapaud sur le sein de la femme pour qu'elle l'allaite et meure, et que le Crapaud soit gros de ce lait.

Épigramme V
Sur le sein de la femme place un Crapaud glacé Pour que, tel un enfant, il s'abreuve de lait. Tarissant la mamelle, qu'il s'enfle, énorme bosse, Et la femme épuisée abandonne la vie. Ainsi tu te feras un illustre remède Qui chasse le poison du cœur, ôtant son mal.


06 - Semez votre or dans la terre blanche feuillée.

Épigramme VI
Les paysans à la grasse terre livrent leur grain Lorsqu'avec leurs râteaux ils l'ont bien feuilletée. Les sages ont transmis l'art de répandre l'or En la neige des champs tels que des feuilles minces. Pour faire ainsi, regarde bien : vivant miroir Le froment saura t'enseigner comme l'or germe.


07 - L'oisillon s'envole de son nid et y retombe.

Épigramme VII
L'Oiseau de Jupiter en une roche creuse A fait son nid, s'y cache, y nourrit ses petits. L'un d'eux veut s'envoler sur ses ailes légères, Mais son frère, un oiseau sans plumes, le retient. Il revient donc au nid qu'il fuyait. À tous deux Joins la tête et la queue : ce n'est pas œuvre vaine.


08 - Prends l'Œuf et frappe-le avec un glaive de feu.

Épigramme VIII
Le ciel compte un oiseau, de tous le plus hardi, Dont tu chercheras l'Œuf, n'ayant pas d'autre soin. Un mol blanc entoure le jaune. Avec prudence Touche-le d'une épée de flamme(c'est l'usage). Mars doit venir en aide à Vulcain ; il va naître Un oiselet vainqueur et du fer et du feu.


09 - Enferme l'arbre et le vieillard dans une maison pleine de rosée ; ayant mangé du fruit de l'arbre, il se transformera en jeune homme.

Épigramme IX
Dans le Jardin des Sages est un arbre aux fruits d'or. Prends-le avec notre vieillard ; enferme-les En une maison de verre humide de rosée. Puis laisse-les tous deux, unis, de nombreux jours : Du fruit de l'arbre alors il se repaît (merveille !) Pour être transformé, lui, vieillard, en jeune homme.


10 - Donne du feu au feu, du Mercure à Mercure et cela te suffit.

Épigramme X
À cette chaîne qui l'assemble La machine du monde est pendue tout entière : Le semblable toujours réjouit son semblable. Ainsi le feu au feu et Mercure à Mercure S'unissent : de ton art vois ici la limite. Vulcain pousse Mercure ; mais cet Hermès ailé Te dégage, ô Cinthie, qui libères Apollon.


11 -Blanchissez Latone et déchirez vos livres.

Épigramme XI
De Latone on connaît les rejetons jumeaux, Enfants de Jupiter, selon l'antique fable. D'autres la disent faite de Soleil et de Lune Mêlés : elle a des taches noires sur sa face. Donc, à blanchir Latone apprête-toi ; détruis Ces livres ambigus qui ne font que te nuire.


12 - La pierre que Saturne avait dévorée à la place de son fils Jupiter et qu'il avait vomie est posée sur l'Hélicon, monument pour les mortels.

Épigramme XII
Tu veux savoir pourquoi les poètes souvent Parlent de l'Hélicon, de sa cime à gravir ? Un Monument se trouve en son sommet ; la Pierre Que Saturne engloutit, pour son fils, et vomit. Tu erres en prenant ces mots ainsi qu'ils sonnent. Car de Saturne ici c'est la Pierre Chymique.


13 - L'airain des Sages est hydropique et il veut être lavé sept fois dans le fleuve, comme Naaman le lépreux dans le Jourdain.

Épigramme XIII
L'airain des Sages souffre, hydropique et bouffi : Il désire les eaux qui portent le salut. Comme dans le Jourdain Naaman perdit sa lèpre Il se lave en ses propres eaux, trois, quatre fois. Précipite tes corps au sein des douces ondes, Ils y trouveront vite un remède à leurs maux.


14 - Voici le Dragon qui dévore sa queue.

Épigramme XIV
Aiguillonné par la sinistre faim, le Poulpe Ronge ses membres, et l'homme se repaît de l'homme. Tandis que le Dragon mord et mange sa queue, Il a pour aliment une part de lui-même. Dompte-le par le feu, la faim et la prison ; Qu'il se mange et vomisse, et se tue et s'enfante.


15 - Que l'œuvre du potier, qui se compose de sec et d'humide, t'instruise.

Épigramme XV
Vois comme le potier d'un mouvement rapide Meut l'axe de sa roue pour façonner ses vases. Du pied, il mêle l'eau à l'argile, et tempère À chaque instant la soif de cette poudre sèche, Fondant son art entier sur ces deux éléments. Instruit par cet exemple, imite-le ; prends soin Entre la terre et l'eau de garder l'équilibre.


16 - Les plumes dont l'un de ces Lions est dépourvu, l'autre les possède.

Épigramme XVI
Vainqueur des quadrupèdes, le Lion, cœur et griffe puissants, Sait combattre sans peur et déguiser sa fuite. Tu placeras sous lui une Lionne ailée Qui vole, et dans son vol veut emporter le mâle. Mais lui se tient à terre immobile et l'arrête. Par cette image, apprends le chemin de nature.


17 - Le quadruple globe régit cette œuvre du feu.

Épigramme XVII
Toi qui veux imiter l'œuvre de la nature, Recherche quatre globes enfermant en leur sein Un feu léger qui les anime. Le plus bas T'évoquera Vulcain, et le suivant Mercure. La troisième orbe est le domaine de la Lune. La plus haute, Apollon, t'appartient ; on la nomme Feu de nature. Cette chaîne Dans l'art saura guider ta main.


18 - Le feu aime à enflammer, l'or à transformer en or.

Épigramme XVIII
Tout agent qui opère en la nature lance Sa force en cercle et cherche à la multiplier. Le feu brûle ce qu'il rencontre. Rien ne saurait Réaliser une œuvre noble sans sa cause : Si l'or ne brûle pas, le feu ne peut dorer. Chaque chose connaît le germe qu'elle porte.


19 - Si des quatre tu en fais périr un, aussitôt tous seront morts.

Épigramme XIX
Quatre frères se tiennent en une longue file : Tout le poids de la terre est aux mains du premier ; Les autres ont pour part l'eau, l'air, le noble feu. Pour les faire périr cause la mort d'un seul. Unis dans un commun trépas ils disparaissent, Car la nature les lia d'étroites chaînes.


20 - La nature enseigne à la nature à combattre le feu.

Épigramme XX
La flamme, ce Dragon qui tout dévore, brûle D'altérer la beauté charmante de la Vierge. Elle est baignée de pleurs, quand un homme la voit, Court à l'infortunée en lui offrant son aide ; Lui tendant son écu, il marche à l'ennemi Et lui enseigne à mépriser de tels assauts.


21 - Du mâle et de la femelle fais un cercle, puis, de là, un carré et ensuite un triangle ; fais un cercle et tu auras la Pierre des Philosophes.

Épigramme XXI
Du mâle et de la femme, fais-toi un cercle unique, D'où surgit le carré aux côtés bien égaux. Construis-en un triangle, à son tour transformé En sphère toute ronde. La Pierre alors est née. Si ton esprit est lent à saisir ce mystère, Comprends l'œuvre du Géomètre et tu sauras.


22 - Après t'être procuré du plomb blanc, opère l'œuvre des femmes, c'est-à-dire CUIS.

Épigramme XXII
Tu aimes retirer grand fruit d'un peu de peine ? De neige enduis le noir visage de Saturne. La matière d'un plomb très blanc t'apparaîtra. Tu n'auras plus alors que le travail des femmes. Elles placent au feu leurs chaudrons. Cuis de même, Mais il faut que la Truite en ses eaux se dissolve.


23 - Il pleut de l'or tandis que Pallas naît à Rhodes et que le Soleil partage la couche de Vénus.

Épigramme XXIII
Rhodes, certes, vantait un étrange prodige, Mais les Grecs nous en sont garants. Ils rapportent qu'une pluie d'or tomba des nues Au lieu où le Soleil et Vénus s'étreignaient Et quand Pallas sortit du cerveau de son Père. Ainsi, comme les eaux du ciel, Que l'eau descende dans son vase.


24 - Le Loup a dévoré le Roi, et, consumé, il l'a rendu à la vie.

Épigramme XXIV
Efforce-toi de capturer le Loup vorace. Pour l'apaiser, à ce glouton jette le corps Du Roi ; puis place-le sur un bûcher ; le feu Excité par Vulcain le réduira en cendres. Opère ainsi souvent et tu verras le Roi, Doté d'un cœur de Lion, surgir, fier, de la mort.


25 - Le Dragon ne meurt que s'il est tué par son frère et sa sœur qui sont le Soleil et la Lune.

Épigramme XXV
Abattre le Dragon n'est pas une œuvre aisée, Car bientôt il revit et rampe sur le sol. Il n'est qu'un seul moyen : que son frère et sa sœur Frappent sa tête de leurs massues. Le frère a nom Phœbus et la sœur est Cynthie. Il détruisit Python, Orion mourut par elle.


26 - Le fruit de la sagesse humaine est l'Arbre de Vie.

Épigramme XXVI
Il n'est chez les humains de sagesse plus grande Que celle qui produit et richesse et santé. En sa main droite sont de longs jours de vie saine Et la gauche contient des monceaux de trésors. Si quelqu'un, par l'esprit et le bras, sait l'atteindre, Elle sera pour lui fruit de l'Arbre de Vie.


27 - Celui qui tente d'entrer sans clé dans la Roseraie des Philosophes est comparé à un homme qui veut marcher sans pieds.

Épigramme XXVII
La Roseraie des Sages s'orne de mille fleurs, Mais de puissants verrous ferment toujours sa porte. Sa clé unique est, pour le monde, chose vile : Si tu ne l'as, tu veux courir privé de jambes. Tu affrontes en vain les pentes du Parnasse Quand sur le sol uni tu te tiens à grand'peine.


28 - Le Roi se baigne, assis dans le bain laconien ; il est délivré de sa bile par Pharut.

Épigramme XXVIII
Le Roi Duenech (qui du Lion vert porte les armes) Sévère dans ses mœurs était gonflé de bile. Il mande alors vers lui Pharut, grand médecin Qui lui promet la guérison et d'une source Prescrit l'onde aérienne ; on voit alors le Roi Se laver longuement sous la voûte de verre Et la rosée emporte enfin toute sa bile.


29 - Comme la Salamandre la Pierre vit du feu.

Épigramme XXIX
La Salamandre au cœur de feu vit plus puissante Et ne craint nullement tes menaces, Vulcain. Comme elle, née d'un feu sans déclin, notre Pierre Ne cherche pas à fuir la flamme impitoyable. Celle-là, froide, éteint l'incendie et sort libre. La Pierre est chaude : elle aime donc chaleur pareille.


30 - Le Soleil a besoin de la Lune comme le coq de la poule.

Épigramme XXX
Soleil, tu ne fais rien si ma force ne t'aide, Comme le coq est impuissant loin de la poule. Et moi, Lune, à grands cris j'invoque ton secours Comme on entend la poule réclamer le coq. Bien fou qui prétendrait affranchir de leurs liens Des êtres que Nature a commandé d'unir.


31 - Le Roi nageant dans la mer crie d'une voix forte : "Qui me sauvera obtiendra une récompense merveilleuse."

Épigramme XXXI
Accablé par le lourd diadème, le Roi Nage en la vaste mer, criant d'une voix forte : Pourquoi ne m'aidez-vous ? Pourquoi n'accourez-vous, Quand, délivré des eaux, je puis vous rendre heureux ? Rendez-moi, par votre sagesse, à mon royaume, Et vous ne craindrez plus souffrance ou pauvreté.


32 - Comme le Corail croît sous les eaux et durcit à l'air, ainsi fait la Pierre.

Épigramme XXXII
Sous les flots siciliens croît une molle plante Dont les branches, par la tiédeur des eaux, se multiplient. Le Corail est son nom ; elle apparaît durcie Lorsque Borée, du pôle âpre, lance le gel. Changée en une pierre aux rameaux abondants Elle est rouge et semblable à la Pierre Physique.


33 - L'Hermaphrodite, semblable à un mort et gisant dans les ténèbres, a besoin de feu.

Épigramme XXXIII
Cet être bicéphale au sexe double, image Funèbre, a cet aspect quand l'humide lui manque. Caché dans la nuit sombre, il réclame du feu. Si tu lui en fournis, il revit aussitôt. Le feu détient toute la force de la Pierre, L'or et l'argent, celles du Soufre et du Mercure.


34 - Elle est conçue aux bains, naît dans l'air, et, devenue rouge, marche sur les eaux.

Épigramme XXXIV
Enfant conçu aux bains, en naissant elle brille Dans l'air, puis voit les eaux sous ses pieds, rutilante. Sur le sommet des monts, elle se vêt de blanc, Celle qui des savants est l'unique souci. Elle est Pierre sans l'être, et, noble Don du Ciel, Sait rendre bienheureux l'homme à qui Dieu l'accorde.


35 - Par Cérès et Thétis, leurs mères, Triptolème et Achille furent accoutumés à rester dans le feu ; l'Artiste agit de même avec la Pierre.

Épigramme XXXV
Vois Achille, dur au combat, et Triptolème : Ils bravent les ardeurs du feu grâce à leurs mères. Dans la nuit, la divine Cérès et Thétis Les durcissaient aux flammes et, quand venait le jour, De leur sein généreux leur prodiguaient le lait. Ainsi la bienheureuse médecine des Sages, Comme un enfant à la mamelle, Doit être accoutumée à s'éjouir du feu.


36 - La Pierre a été projetée à terre et exaltée sur les montagnes ; elle habite dans l'air et se nourrit dans un fleuve qui est le Mercure.

Épigramme XXXVI
La Pierre, vil rebut, gît, dit-on, sur les routes Afin que riche et pauvre puissent l'y ramasser. D'autres l'ont située au sommet des montagnes, Dans les brises de l'air, ou bien buvant aux fleuves. Ces figures ne mentent point, mais je t'engage À rechercher de tels présents sur les hauteurs.


37 - Trois choses suffisent pour le Magistère : la fumée blanche, qui est l'eau, le Lion vert ou airain d'Hermès et l'eau fétide.

Épigramme XXXVII
Pour notre magistère il nous faut trois semences : Onde infecte, vapeur neigeuse et Lion vert. Les autres éléments sortent de l'eau : les Sages En retirent leur Pierre ; elle est principe et terme. L'airain d'Hermès est le Lion vert, la Pierre connue Des chapitres des livres, l'eau et la fumée blanche.


38 - Le Rébis, comme Hermaphrodite, naît de deux montagnes : celle de Mercure et celle de Vénus.

Épigramme XXXVIII
Les vieux récits font de Rébis un être double : Androgyne, mâle et femelle en un seul corps. Il est, né sous le double mont, Hermaphrodite À Mercure enfanté par l'auguste Vénus. Ne le méprise pas pour son sexe ambigu : Cet homme-femme un jour te donnera le Roi.


39 -Œdipe, ayant vaincu le Sphinx et mis à mort son père Laïus, fait de sa mère son épouse.

Épigramme XXXIX
Le Sphinx qui effrayait Thèbes par ses énigmes Fut réduit par Œdipe à se donner la mort. Celui-ci dut nommer l'être qui le matin A quatre pieds, deux à midi, et trois le soir. Vainqueur, il doit tuer Laïus qui lui résiste, Et de celle qui est sa mère il fait sa femme.


40 - Des deux fontaines fais-en une seule : ce sera l'Eau de sainteté.

Épigramme XL
D'une gorge limpide sort une double source : En l'une est la tiédeur d'une urine d'enfant, Mais la seconde est fraîche : on la nomme Eau de Vierge. Donne-leur même cours en unissant leurs ondes : Ce ruisseau mêlera les vertus des deux sources, Comme de Jupiter Ammon La fontaine est chaude et glacée.


41 - Adonis est tué par un Sanglier : Vénus accourt vers lui et teint les Roses de sang.

Épigramme XLI
De son père, Myrrha mit au monde Adonis, Bien-aimé de Cypris : un sanglier l'accable. Vénus court : un rosier blesse sa belle jambe ; La Rose blanche alors de ce sang devient rouge. Les Syriens, l'univers pleurent avec la déesse. Sous de douces laitues elle place le mort.


42 - À celui qui est versé dans la Chimie, la Nature, la Raison, l'Expérience et la Lecture doivent tenir lieu de guide, de bâton, de lunettes, de lampe.

Épigramme XLII
Que la Nature soit ton guide, que ton art La suive pas à pas ; tu t'égares loin d'elle. Que la Raison soit ta canne ; affermissant tes yeux L'Expérience au loin te donnera de voir. La Lecture, flambeau brillant dans les ténèbres, T'éclaircira l'amas des mots et des matières.


43 - Prête l'oreille au Vautour qui parle : il ne te trompe nullement.

Épigramme XLIII
Occupant le sommet d'une haute montagne Un Vautour crie sans cesse : On me dit Noir et Blanc ; Je suis encore Jaune et Rouge et ne mens pas. C'est aussi le Corbeau qui sait voler sans ailes Dans la nuit ténébreuse aussi bien qu'en plein jour. L'un ou l'autre sera la t


44 - Typhon tue Osiris par traîtrise et disperse ses membres, mais l'auguste Isis les rassemble.

Épigramme XLIV
Dionysos en Grèce, en Syrie Adonis, En Égypte Osiris, sont le Soleil des Sages. Isis, épouse, sœur et mère d'Osiris Unit ses membres saints déchirés par Typhon. Mais le phallus se perd au fil de l'eau marine : Le soufre qui donna le Soufre n'est plus là.


45 - Le Soleil et son ombre achèvent l'Œuvre.

Épigramme XLV
Le Soleil, clair flambeau du pôle, ne peut vaincre La densité des corps : une ombre à l'opposé Demeure. Elle est la plus vile des choses Et pourtant l'astronome en tire maint profit. Mais le Soleil avec son ombre fait aux Sages Un don meilleur : il achève l'Œuvre de l'Or.


46 - Deux Aigles venus l'un de l'Orient, l'autre de l'Occident se rencontrent.

Épigramme XLVI
De Delphes Jupiter un jour lança deux Aigles Aux plages de l'Aurore, à celles d'Occident. Comme il voulait scruter ce lieu, centre du monde, La Fable dit qu'à Delphes ils revinrent tous deux. Ce sont là les deux pierres : celle de l'Orient Et celle du Couchant, qui aiment à s'unir.


47 - Le Loup d'Orient et le Chien d'Occident se sont mutuellement mordus.

Épigramme XLVII
Du lieu où le Soleil se lève un Loup survient. Un Chien surgit du point où dans la mer il plonge. Tous deux gonflés de bile et furieux, ils se mordent. La rage et son rictus se peignent sur leur face. Ce sont données à tous partout, toujours, pour rien, Les deux pierres jumelles que tu dois posséder.


48 - Le Roi, ayant bu des eaux, a contracté un mal et, soigné par les médecins, il obtient la santé.

Épigramme XLVIII
Riche en peuples, en biens, un Roi aimait les eaux D'une source, et s'en fit apporter par ses gens. Il en boit longuement ; ses veines s'en emplissent. Pâle, il est assisté par de grands médecins. Et quand ils l'ont purgé par la sueur, le ventre, La bouche, on voit ses joues qui se teignent de roses.


49 - L'Enfant des Philosophes compte trois pères, comme Orion.

Épigramme XLIX
La Fable nous apprend qu'Hermès, Vulcain, Phœbus Dans une peau de bœuf jetèrent leur semence, Et que le grand Orion eut à la fois trois Pères. De trois pères aussi naît l'Enfant de Sagesse : Le Soleil le premier, et Vulcain le second ; L'homme habile en son art est le troisième père.


50 - Le Dragon tue la femme et la femme le Dragon ; tous deux sont inondés de sang.

Épigramme XL
Du Dragon venimeux creuse profond la tombe : Que la femme l'embrasse en une forte étreinte. Tandis que cet époux goûte les joies du lit Elle meurt, et la terre ensemble les recouvre. Le Dragon à son tour est livré à la mort ; Son corps se teint de sang : vrai chemin de ton œuvre.