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Lambsprinck

Clovis Hesteau de Nuysement

Sous le nom de Lambspring (ou Lambsprinck ou Lamspring) apparaît à la fin du xvie siècle, un poème alchimique en allemand accompagné de quinze emblèmes.

Circulant d'abord sous forme de manuscrits, il est traduit en latin et publié sous le titre De Lapide Philosophico (De la pierre Philosophale), sans les illustrations par Nicolas Barnaud en 1599 dans son recueil Triga Chemica.

Il est reproduit avec les emblèmes dans le recueil du Musaeum Hermeticum de Lucas Jennis en 1625.

Le poète français Clovis Hesteau de Nuysement s'en inspirera dans ses Visions hermétiques (1620).

Selon René Alleau, dans son avertissement à l'édition du Traité dans la Biblioteca Hermetica de 1972 (p. 14/15), les armoiries fantaisistes de Lambsprinck, et les variations de l'orthographe de son nom, indiquent qu'il s'agit d'un pseudonyme cabalistique formé sur l'allemand lam (agneau) et springen (jaillir), qu'il interprète comme une allusion à la fontaine de jouvence.






Je m'appelle Lamspring ; de race libre,

Je porte avec honneur et de plein droit ces armoiries: J'ai compris clairement la Sagesse
Et je suis parvenue par l'Art jusqu'à son fondement. Car Dieu m'a dispensé Sa Grâce Et m'a donné le savoir avec l'entendement. Ainsi suis-je devenu l'auteur de ce livre Où règne un ordre digne d'être remarqué.

Afin que le comprennent les pauvres et les riches. Sur la terre, certes, il n'en est point de semblable Et par là, je n'ai pas manqué à mon devoir Puisque j'avais mesuré la profondeur de la vérité.Considérez donc, attentifs et silencieux, mon ouvrage Et n'épargnez pas votre peine en le lisant souvent

Vous apprendrez ainsi la vérité Et vous convertirez au mieux ce Don divin. Dieu, Toi qui es la fin et le commencement, Nous te prions par Jésus-Christ D'illuminer notre sens intérieur et nos pensées Afin que nous célébrions toujours Tes louanges Et que selon la pleine puissance de Ta volonté, Ce livre puisse tout améliorer.

Conserve-nous dans Ta miséricorde Et que la Sainte Trinité nous l'accorde. Avec l'aide de Dieu, je vous instruirai Et sans dissimuler rien de ce qui est vrai. Alors, quand vous m'aurez bien compris, Vous serez délivrés de toute erreur. Car ce n'est qu'une seule chose

Dans laquelle tout ce qui est secret est contenu. C'est pourquoi vous ne devez pas vous décourager Il faut que le temps et la sapience soient dans votre balance Si vous voulez jouir du noble Fruit.

Ne regrettez ni votre temps ni votre labeur Car vous devez cuire la semence des Métaux De jour en jour et durant des semaines. Alors vous trouverez dans la chose que l'on méprise L'Art entier et la perfection, Ce qui est jugé impossible par tous Bien que ce soit simple et facile. Aussi nous est-il interdit d'opérer publiquement afin que chacun ne puisse se moquer de nous.

Demeurez donc cachés et silencieux ;

Vous serez ainsi en paix et libres de tout souci. Dieu qui donne l'Art, en particulier, à chacun Veut aussi le tenir secret.

Maintenant, mon avant-propos s'achève En je vais commencer à décrire l'Art, A le faire apparaître aussi clairement que le jour Par des rimes et par des images justes et véritables En rendant grâces au Créateur de toute créature.



Et voici la première Figure.






La putréfaction




Il y a, dans le corps, l'Ame et l'Esprit.




L'Esprit et l'Ame doivent être Conjoints et ramenés à leur Corps.




La mortification et l'Albification, imbibition du Corps conjoint avec l'Ame et l'Esprit.




Le Mercure, convenablement et alchimiquement précipité ou sublimé,
dissous dans son Eau propre et derechef coagulé.






Le Mercure fort souvent sublimé est enfin fixé, en sorte qu'il ne puisse
fuir davantage ni s'envoler par la force du feu. Cette sublimation, en
effet, doit être réitérée autant de fois qu'il le faut jusqu'à ce qu'il soit
rendu fixe.





De nouveau le Corps sera mis dans le fumier de cheval ou dans le bain
pour être digéré par son air répandu ou par l'Esprit préalablement séparé
du Corps.
Le Corps est rendu blanc par le travail ; l'Esprit est vraiment fait rouge
par l'art. L'œuvre tend à la perfection de leur nature et c'est ainsi qu'est
préparée la Pierre des Philosophes.





Si la Fortune vole, de Rhéteur tu seras fait Consul, Si elle vole encore,
de Consul tu seras fait Rhéteur. Comprenez l'apparition du premier
Degré de la Teinture.





Réitération, accroissement et amélioration de la Teinture ou de la
Pierre des Philosophes : on doit plutôt entendre par là l'Augmentation





Père, Fils et Guide se tiennent par les mains Ici l'on comprendra Corps,
Esprit et Ame.





Dans le vaisseau des Sages est située la haute montagne des Indes
Sur laquelle s'envolent le Fils et son Guide, l'Esprit et l'Ame.





Le Père, dans son amour, va engloutir le Fils; De l'âme et de l'Esprit
s'abreuve tout le Corps





Ici le Père est couvert d'une très forte sueur D'où découle la véritable
Teinture.





A Dieu seul la Louange et la Gloire Amen.

Maintenant, le Père, le Fils et le Guide sont réunis Ensemble, éternellement,
ils demeurent.