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Qu'est-ce que l'alchimie

L’alchimie remonte, dit-on, au moins à l’époque des égyptiens voire des sumériens et certainement plus antérieurement. Déjà pratiquée en Asie depuis les temps les plus reculés, l'alchimie est un art ancestral qui nous a été transmis par les grecs puis les arabes au XIVème siècle ; le terme arabe, ici, ne renvoyant ni à une religion ni une ethnie mais bien à une langue parlée au Moyen Âge par un ensemble d’individus (arabes, perses, turcs, juifs et espagnols), langue qui fit office de vecteur dans la transmission des savoirs les plus divers de l'Antiquité : alchimie, mathématiques, géométrie, géographie.

Certains voient dans l’alchimie une façon d’accélérer l’œuvre de la nature, à l’aide de la Pierre philosophale, cette pierre rouge sang de pigeon si recherchée après de nombreuses années passées au laboratoire mais rarement obtenue, et encore, seulement avec la grâce de Dieu, le Donum Dei.

Donum Dei

Elle offre la possibilité de transmuter des métaux vils, tel que le plomb, en argent et même en or, en l’occurrence en ce métal si abouti après un long mûrissement au sein de la terre ; l’alchimie permettrait aussi de réaliser la « panacée » cette médecine universelle qui protégerait des maux voire même de prolonger la vie, mais l’alchimie va bien au-delà de ces simples apparences.

Il est dit que celui qui cherche l’or n’y souffrira que le désespoir. L’alchimiste ne transmute l’or que pour évaluer l’aboutissement de son œuvre et surtout comme un témoignage à Dieu qu’il considère comme la création et non comme le créateur. Il se voit immensément récompensé dès lors que la connaissance et l’esprit ont su réveiller la matière.

(C) 2019 - Philomène alchimie - Le réveil de la matière


Mais ceux qui considéreraient que la Pierre philosophale est le stade ultime de l’alchimie seraient dans l’erreur, car il ne s’agit en l’état, que de la première porte du temple hermétique et le début des pérégrinations, celles où rien n’est écrit et là où le début de la connaissance divine commence.

Mais avant d’en arriver là, il y aura les couleurs à passer et les signes du bestiaire à découvrir puis déchiffrer. Ainsi dans ce livre nous verrons comment l’apprenti aura su volatiliser le noir corbeau à ses trois ans, aura su fixer la chaste licorne et faire émerger l’astérie pour ses cinq ans, pour finir à l’âge de raison de ses sept ans dans un jaillissement de lumière issu de son chaos comme le feu du volcan le ferait de la terre.



(C) 2019 - Philomène alchimie - L'or solaire

Les souffleurs pensant posséder le Grand Œuvre avec la réalisation de la Pierre philosophale, n’en seront que pour leurs frais, car si l’Adepte s’amuse à faire de l’or et des pierres précieuses, il ne cherche en réalité que la perfection des éléments qui par un subtil réarrangement lui permettra d’accomplir ce que le commun appellera miracles.

L’art alchimique s’exprime par l’invocation du verbe messager et par son animation en tant que souffle divin redonnant la perfection originelle dans les trois règnes ; c'est à Aydamur Jildaki, un des plus grands alchimistes islamiques médiévaux, que l'on doit cette définition de l'alchimie : « Elle est la science dont le but est d'arracher l'accident qui a perverti la matière en en faussant la pureté naturelle dont Allah l'avait dotée ».

Le chemin

Mais revenons aux sources de l’alchimie, parmi les nombreuses études étymologiques faites sur le mot alchimie, le vocable arabe de "el-kimyâ" s’impose comme racine. Pourtant cette science séculaire semble bien antérieure à la terre noire des égyptiens, habitants de "Khem", cette terre qui n’est rien de plus que le limon noir qui recouvrait les berges du Nil lors des crues providentielles transformant, une fois par an, ce désert chaotique en plaine fertile et luxuriante .

Le "chem" n’est rien de plus qu’un "chem-in" que l’on trace à partir du chaos noir en instance de recevoir en son sein la vie, à l’image des agriculteurs égyptiens plantant leur semence dans le limon noir du Nil ; ainsi le créateur dans sa miséricorde insuffle-t-il l’esprit pour renaître.

L’esprit "al" associé à la matière morte que l’on nommera "khem" nous donne une indication sur la finalité de l’al-khem-ie qui n’est ni plus ni moins que l’action de réunir le corps et l’esprit, en sachant que l’opérant y mettra toute son âme (corps-âme-esprit). Ainsi trouve-t-on l’explication de ce qu’est l’alchimie non pas dans son origine sémantique, mais dans ses actions à mener et effets à produire.

Mais qui peut bien avoir donné cette connaissance aux hommes ? Référons-nous à l’origine des préfixes et suffixes, appelons à la barre le suffixe "Her" de l’homme fort, comme on le trouve dans Her-cule ainsi que le suffixe "mès" qui signifie la force intérieure d’en bas. Thot chez les égyptiens, puis Hermès chez les grecs, les alchimistes ont trouvé leur magicien qui a su faire rencontrer la force d’en haut Her… avec celle d’en bas …mès. L’histoire retiendra que ce savoir ne peut être connu que d’un mage qui s’essaiera avec succès dans les trois règnes : animal, végétal et minéral.

Les trois règnes

Un personnage mythique de l'antiquité gréco-égyptienne, Hermès trismégiste, père des Philosophes, nous aurait confié son savoir-faire sur une table d’émeraude, il y inscrivit la totalité de son savoir. Elle se voit traduite en français par Hortulain au XIVe siècle. La « tabula smaragdina » est, selon la légende, une tablette taillée dans de l'émeraude pure retrouvée dans la sépulture d'Hermès Trismégiste. Le texte obscur qui y était gravé fonda les bases de "l'hermétisme". Datant du VIe ou du IXe siècle, il s'agirait d'une retranscription de Balînûs (nom arabe d'Apollonius de Tyane) qui l'aurait lui-même retrouvée dans le tombeau d'Hermès.

Elle fût ensuite traduite en latin dès l'époque médiévale, puis en français, et devint le fondement même de l’Alchimie occidentale. Hermès trismégiste devint dès lors notre premier alchimiste Adepte car non pas considéré comme celui qui s’essaie, mais comme celui qui sait réunir en un point cristallin la lumière d’en haut et la lumière d’en bas (les deux lumières des alchimistes) …

La Table d’Émeraude d’Hermès Trismégiste

La Table d'émeraude

« Il est vrai, sans mensonge, certain, et très véritable

Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut ; et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas pour faire les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses ont été, et sont venues d’un, par la médiation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la Terre est sa nourrice. Le père de tout le télesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. Il monte de la terre au ciel, et derechef il descend en terre, et il reçoit la force des choses supérieures et inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; et pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. C'est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, et pénétrera toute chose solide. Ainsi le monde a été créé. De ceci seront et sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. C’est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l'opération du Soleil est accompli, et parachevé ».

Hermès trismégiste



La lumière

…Puis, ensuite, l’histoire va voyager et traverser l’espace ! Il nous faut aborder l’alchimie selon les valeurs traditionnelles orientales ou occidentales, régions où elle s’est développée. On n’imaginait pas, il y a peu, l’existence d’une alchimie chinoise dès le IVe siècle avant J-C. et indienne vers le VIe siècle soit bien antérieurement à celle mieux appréhendée de l’Égypte.

N’imaginez pas que l’Alchimie est un art et une science obsolètes, nenni, l’Alchimie est toujours bien vivante de nos jours, certes moins visible qu’à la grande époque du Moyen-Âge et aussi moins pratiquée qu’alors, de très nombreux ouvrages lui ont été consacrée, les textes arabes ont été traduits en latin puis en français, certains alchimistes ont marqué leur temps : Zozime de Panopolis, Geber, Basile Valentin, Le Cosmopolite, Philalèthe, Michel Maïer, Nicolas Flamel, Blaise de Vigenère, Sabine Stuart de Chevalier, Isaac Newton, …



Paul Decoeur

Plus près de nous, au vingtième siècle, Fulcanelli nous a laissé un ouvrage « Le Mystères des Cathédrales » stimulant de nouvelles générations de cherchants, puis encore Henri Coton Alvart avec « Les deux lumières ».

De nombreuses découvertes bien utiles encore de nos jours découlèrent de ces recherches réalisées auprès de l’athanor. Plus tard, au XVIIIe siècle, Antoine Lavoisier tenta de démontrer que les métaux n’étaient que des corps simples et donc leur transmutation chimérique, mais les travaux récents des orientalistes et sinologues l’ont contredit en démontrant tant l’universalité des résultats que l’ancienneté de la pratique alchimique.

De nos jours, les physiciens nucléaires ont décomposé ces corps, appelés à tort simples, et ont confirmé par des expériences de transmutation que le précepte alchimique était proche de leur réalité, ils ont alors validé la théorie de l’unité de la matière et du possible changement d’état des métaux. Ainsi les alchimistes, sans toutefois amalgamer Grand Art et science, ont été reconnus comme « les précurseurs géniaux des magiciens modernes de l’atome ».

Fusion d'un lingot d'or

« L’alchimie n’est pas seulement l’art de faire de l’argent ou de l’or. Les vrais alchimistes sont orientés vers la connaissance des mystères de la Nature et la découverte du lien de l’homme avec son environnement invisible. À l’instar du travail de la Nature où l’être vivant acquiert sa maturité, l’athanor est le foyer qui permet au métal, selon ses potentialités d’anticiper son mûrissement, et à l’artisan selon les dons perçus, de s’élever spirituellement. »

Cette épigraphe empruntée à Henri La Croix Haute dans son ouvrage « Le bestiaire des Alchimistes » permet à tout apprenti d’approcher intelligiblement l’alchimie, qu’elle soit opérative (travail au laboratoire) et/ou spéculative (travail à l’oratoire).



Labora-Oratoire

Mais en réalité, les alchimies spirituelle et opérative sont interconnectées et ne forment qu’une seule et même alchimie : une seule matière et une seule voie, et la voie sèche n’étant elle-même qu’un raccourci de la voie humide.

Quant à l’alchimie dite végétale, appelée usuellement "spagyrie" , même si une certaine similitude alchimique coexiste, elle ne se révèle que dans le symbole. Elle n’a rien à voir avec la voie royale et la manifestation de la lumière, elle ne pourra tout au plus que soigner quelques maladies au titre d’une certaine pharmacopée.

Avant d’amorcer la visite des demeures dites philosophales, instruisons-nous sur les bases essentielles de l’alchimie afin de déchiffrer ultérieurement les clefs de ce que l’on nomme communément le Grand Art. Les alchimistes énoncent que chaque matière des trois règnes, minéral, végétal ou animal est constituée de trois principes : Sel, Soufre et Mercure du premier degré, nous pouvons aussi les saisir plus simplement sous la forme de : Corps, Âme et Esprit.

Mercure Sel Soufre


Les trois principes

Ils distinguent à la suite deux principes complémentaires, qui sont le Soufre solaire et le Mercure lunaire. Il faut préciser que ces appellations de Sel, Soufre, et Mercure ne désignent en rien les corps chimiques de même nom, mais brossent certaines qualités de la matière : le Soufre désigne le principe fixatif et actif, masculin et positif ; le Mercure, lui, désigne le principe volatil et passif, féminin et négatif.

Quant au Sel, il est le lien consacré entre le Soufre et le Mercure ; ainsi, le Mercure (esprit) est souvent comparé à l’esprit vital qui unit le Soufre (âme) au Sel (corps).

Paracelse (1493-1541) médecin et alchimiste expliquait plus simplement encore : «Le bois est un corps par lui-même. Brûlez-le. Ce qui brûlera, c'est le Soufre ; le Mercure est la chaleur se sublimant, et ce qui restera en cendres est le Sel qui constitue le corps ». Nous vous proposons de vous habituer à ces quelques synonymes du ternaire alchimique afin de mieux comprendre la suite de notre commentaire :
Sel - corpus
Soufre - animus - masculin - actif - soleil - feu - or
Mercure - spiritus - féminin - passif - lune - eau - argent.

Gardez tout cela en mémoire. Appropriez-vous ces termes, car nous reviendrons régulièrement à ces analogies !

Terre Eau Air Feu

Les quatre éléments

Puis nous aborderons au fil des pages ce que nous nommons conventionnellement les quatre éléments, Terre, Eau, Air, Feu et les trois couleurs : Noir, Blanc, Rouge. Ce sont ces colorations que prendra, au laboratoire, votre matière au fur et à mesure de votre avancée sur le chemin de l’œuvre royale. Pour comprendre le processus alchimique, il vous faudra passer successivement et alternativement de multiples fois par le « solve et le coagula », c'est-à-dire la séparation, la purification et la réunion des trois principes : Sel, Soufre, Mercure.

Les Maîtres compagnons

Les maçons, charpentiers, sculpteurs, maîtres verriers, tous ces compagnons et ymagiers des temps anciens nous ont laissé, à la demande des Maîtres et des Fabriques, et bien souvent même à leur insu, de nombreux indices hermétiques. Vous en repérerez sur des bâtiments tant privés que publics, et tout particulièrement sur des édifices religieux, ces derniers, extraordinaires témoignages de piété, étant présumés durer des siècles voire plus. Vous appréhenderez petit à petit les quatre éléments, les trois principes et les trois couleurs à force de les rencontrer régulièrement sur les nombreux ouvrages de bien nombreuses villes, soit dans la pierre ou dans le verre ou bien encore sur quelques œuvres de grands peintres initiés. Ils vous permettront d’aborder et de pénétrer ce qu’est le Grand Art.

Tout est dans l’analogie, dans la caractérisation et l’expression : animaux fantastiques ou réels du bestiaire, personnages mythiques ou bien fantasmagoriques. Sachez que chacun d’eux possède trois sens de lecture. La première lecture exotérique, ou livre ouvert, est celle du profane, celle que vous trouverez dans la plupart des livres et qui vous sera exposée en général lors de vos visites traditionnelles, le sens donné en sera alors essentiellement historique, et parfois, selon votre accompagnateur, quelque peu biblique ou mythologique.

La seconde lecture ésotérique, ou livre fermé, est celle du symbolisme caché (partiellement récupéré par quelques sociétés secrètes), elle s’acquerra après un très long travail personnel ou accompagné. Puis, au dernier niveau, une lecture du sacré menant à la compréhension de la langue des Adeptes connaissants en toute chose et ayant décrypté au laboratoire les règles du divin régissant notre condition naturelle et humaine. Ces trois sens de lecture ne sont pas une vue de l’esprit mais ont été bien évidemment suggérés à dessein par les bâtisseurs, compagnons de la connaissance.

(C) 2019 - Philomène alchimie - L'oeil qui voit tout

Ne nous y trompons pas, les symboles ne sont pas indépendants les uns des autres mais sont souvent liés entre eux par l’allégorie voire le jeu de mots de la langue des oiseaux et son pouvoir cabalistique. Ils nous racontent comme une "histoire", et l’on devine alors une logique, comme un sens de lecture à l’emplacement des vitraux dans les édifices, à la manière d’un rébus à déchiffrer.

Il n’est pas facile, sans initiation ou simple éducation, d’éveiller le fil d’Ariane, alors que la lecture en était certainement plus aisée au Moyen Âge pour un peuple qui usait de l’image et du calambour à souhait. Le mot symbole est issu du grec ancien sumbolon qui dérive du verbe sumballesthaï "mettre ensemble", "comparer", voilà qui est clair.

Pas un seul détail n’est inscrit au hasard, et très vite l’initié décèlera s’il y a un sens caché et il s’attardera à retrouver la beauté et la poésie du message voilé par les anciens.

Au fil de vos visites, vous remarquerez, nombre d’images en apparence très différentes mais pourtant très proches dans leur expression. Le message, en fait, est bien souvent similaire ! Avec de l’entraînement, certaines sont aisées à comprendre et l’association avec d’autres facile à réaliser, afin d’en faire tourbillonner le sens et que surgisse la vérité du message originel.

Le premier regard accroche, mais c’est l’étude approfondie qui permettra d’enluminer la face obscure de l’histoire. Plus le regard du lecteur se lavera de toute certitude résultante d’un enseignement rigide, plus son ascension sera possible. Tout ce qui va suivre dans ces pages sont le fruit de recherches poursuivies jusqu’aux portes du temple d’Hermès que l’on dénomme vulgairement laboratoire.

Laboratoire

Vous découvrirez que cette compréhension ne repose pas sur une interprétation hasardeuse comme il est trop souvent facilement objecté. Le résultat de nos études n’est pas non plus infaillible, nos ouvrages ne sont que l’aboutissement de nos observations au milieu d’un long chemin menant vers la connaissance, et le lecteur pourra, pour sa part, découvrir dans ces symboles l’explication qui lui est propre en fonction de son avancée personnelle. La théorie et la pratique ne sauraient faire évoluer l’homme vers sa destinée sans le soutien de rencontres qui feront de lui ce guide si charitable et ouvert à la curiosité de l’autre.

L’objectif avoué n’est pas ici de vous faire rencontrer l’histoire avec un grand H, mais de poser un premier vernis de connaissance auquel votre temps de réflexion donnera une patine sympathique à votre visite. Notre démarche ne saurait en rien remplacer les guides touristiques locaux qui vous instruiront de faits historiques précis, ni remplacer les conteurs, incomparables lorsqu’il s’agit de romancer l’histoire et d’inscrire certaines légendes comme des transmissions orales de vérité absolue.

Pour notre part, il ne s’agira pas ici d’inventer ni de conter les légendes sans fondement de ces bâtisses mais de leur redonner leur place dans la gnose alchimique de l’apprenti, et de saisir la part d’intrication existante entre textes mythologiques, sacrés et alchimiques.

Notre vision des sculptures et des vitraux, sous un nouvel angle de vue, placera le curieux, à la fin de son parcours, non pas dans une finalité mais dans un état réceptif où il trouvera de lui-même tout l’intérêt de poursuivre cette quête.