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Saint-Vincent Depaul

(1581 - 1660)



Vincent Depaul, né en 1576, d’une famille bourgeoise, aimait se présenter comme le fils d’un pauvre « laboureur » !
Il était si érudit que Monsieur Jean de Comet, lui demanda de devenir le précepteur de ses fils. Après des études de théologie, il obtint son diaconat en 1598. Ordonné prêtre, Vincent fit la rencontre d’un cardinal influent et homme d’état, Pierre de Bérulle, ce dernier devint dès 1609 son directeur spirituel. Grâce aux recommandations du Saint-Siège, il devint aumônier de la reine Marguerite de France dite la reine Margot.

La rencontre avec Pierre de Bérulle s’avéra déterminante ; le cardinal passa pour être le représentant majeur de l’École de Spiritualité, et imprégna profondément l’église du XVIIème siècle et au-delà. Il fonda en 1611 la Société de l’Oratoire, une congrégation de prêtres vivant en commun, devant « tendre courageusement à la perfection de la vie évangélique » dont le but était de rénover la pratique religieuse après les guerres de religions.
Libre dans ses propos, il dira même : « l’homme est céleste d’une part et terrestre de l’autre. Il est spirituel d’une part et corporel de l’autre, c'est un néant, c'est un miracle ; c'est un centre, c'est un monde, c'est un dieu. C'est un néant environné de Dieu, indigent de Dieu, capable de Dieu et rempli de Dieu, s'il veut». Nous voilà proches de la quête spirituelle des alchimistes.

Vincent Depaul passa deux années à l’Oratoire, mais, voulant être plus proche des habitants des champs, il prit la cure de Clichy aux environs de Paris. Puis par l’intermédiaire de Pierre de Bérulle, Vincent Depaul entre, en 1613, comme précepteur, dans la maison d’une des familles les plus en vue de la capitale, celle de Philippe-Emmanuel de Gondi, général des galères de France.
Peu après que Vincent Depaul soit entré dans sa maison comme précepteur de ses enfants, il accompagna Madame de Gondi dans ses œuvres de charité, il découvrit la misère matérielle et spirituelle des paysans picards. Le 25 janvier 1617, à la demande de Madame de Gondi, il lança un appel à la confession au cours d'un sermon mémorable du haut de la chaire de l'église de Folleville. De cet instant fut créée la Congrégation de la Mission.

En 1647, Vincent Depaul, fut nommé rapporteur du Conseil de conscience, un organisme traitant des affaires ecclésiastiques, présidé par Anne d’Autriche et dirigé par le cardinal de Mazarin ; il fit alors pression pour interdire la première traduction en français du Coran. Peut-être il y a-t-il un lien avec ce qui va suivre. Cette traduction d'André Du Ryersera fut malgré tout publiée sous le titre L'Alcoran de Mahomet, et se propagea en dépit de l'interdiction de l'ouvrage.

En 1658, deux années avant de mourir, alors qu’il avait acquis quasiment une réputation de saint, Vincent Depaul reçut un étrange courrier ; à sa lecture, hors de lui, il le jeta au feu !
Cette surprenante missive émanait du chanoine, Jean de Saint-Martin, religieux et frère de Louis de Saint-Martin, époux de Catherine, la fille de Monsieur De Comet dit le Jeune, protecteur de Vincent Depaul et frère de Jean de Comet dit l’Aîné qui s’occupa avant lui du jeune prêtre.


Après le décès de ses parents, Louis et Catherine, César de Saint-Martin d’Agès (1609-1685), triant les documents laissés par ses parents, trouva fortuitement des lettres reçues par son grand-père, Monsieur de Comet le Jeune, correspondances écrites et signées de la main même de Monsieur Vincent Depaul qui l’informait de sa libération.
César de Saint-Martin confiât donc ainsi ces documents à son oncle Jean de Saint-Martin afin qu’il puisse informer, au plus tôt, son ami intime Monsieur Depaul, de cette trouvaille si inespérée.
La réaction de Monsieur Depaul, fut tout autre que celle escomptée ; il adressa toutefois ses remerciements à Jean de Saint-Martin en le suppliant instamment de lui retourner ces deux lettres pour leur faire subir le même sort et en supprimer la connaissance. « Je vous conjure, par toutes les grâces qu’il a plu à Dieu de vous faire, de me faire celle de m’envoyer cette misérable lettre qui fait mention de la Turquie ; je parle de celle que M. d’Agès a trouvée parmi les papiers de M. son père. Je vous prie derechef, par les entrailles de Jésus-Christ Notre-Seigneur, de me faire au plus tôt la grâce que je vous demande ».

Il réitéra sa demande six mois avant sa mort, mais sans succès. Mais pourquoi Monsieur Vincent Depaul souhaitait-il intercepter ces deux lettres et que peuvent-elles contenir de si important pour qu’il veuille absolument les détruire, la révélation de ces documents, d’un épisode caché jusqu’alors de sa vie, pouvait-elle être de nature à blesser sa réputation, son humilité, lui qui est, disent ses biographes, bon, humble, pratique, mais néanmoins ambitieux ? Deux lettres cruciales, alors qu’il en aurait écrit lui-même à la plume ou dicté à ses secrétaires pas moins de trente mille, estime-t-on, au cours de sa vie. Il y a eu parfois un doute sur la véracité de l’existence de ces deux lettres ; mais d’une part, la supplication de Monsieur Depaul pour les récupérer et d’autre part l’analyse d’experts qui les ont eues en main suffit à en certifier leur authenticité.

Le frère Ducourneau, secrétaire de Monsieur Vincent Depaul, avertit le chanoine de Dax du risque qu’il y avait à remettre ces courriers à son maître. Il lui conseilla plutôt de les adresser à Jean Watebled, le supérieur du collège des Bons-Enfants à Paris, l’établissement où Vincent Depaul établit le séminaire des Prêtres de la Mission, ce qu’il fit bien volontiers. Plus tard les lettres furent transmises à Antoine Portail. Ainsi le frère Ducourneau, René Alméras, Thomas Berthe, Jean Dehorgny,…en prirent connaissance. Ces courriers étaient une révélation, ils abordaient une période méconnue du saint homme.

Quelques mois passèrent, sentant sa fin prochaine Monsieur Depaul réitéra sa demande en mars 1660, mais rien n’y fît, les lettres furent protégées, elles restèrent dans les archives des instances lazaristes jusqu’en 1791 ; confisquées lors de la révolution, elles furent mises en vente le 31 janvier 1854, changèrent plusieurs fois de détenteurs, et sont dorénavant conservées précieusement pour la postérité.

Nous allons décrypter maintenant avec l’aide de Fulcanelli le contenu de ces lettres, et lever le voile qui occultait deux années de la jeunesse, les plus tragiques et les plus glorieuses à la fois du saint !



Fulcanelli nous parle de saint Vincent de Paul dans le tome I des Demeures Philosophales comme d’un spagyriste, archimiste, initié aux lois de l’alchimie :
Page 202 … « Parmi les archimistes ayant utilisé l’or pour l’augmenter, à l’aide de formules qui les conduisirent au succès, nous citerons …
le pieux philanthrope saint Vincent de Paul, fondateur des Pères de la Mission (1625), de la congrégation des Sœurs de la Charité (1634), etc.
On sait qu’au cours d’un voyage qu’il fit de Marseille à Narbonne, saint Vincent de Paul fut fait prisonnier par des pirates barbaresques et emmené captif à Tunis. Il avait alors vingt-quatre ans …

… Mais ce que l’on se garde bien de nous dire, c’est que le Père des enfants trouvés, comme on l’appelait de son vivant, avait appris l’archimie au cours de sa captivité … On possède de lui deux lettres fort suggestives sous le rapport de ses travaux chimiques. La première, écrite à M. de Comet, avocat à la cour présidiale de Dax …
Page 206 : « …Je feus vendu à un pescheur, qui feust contraint de se deffaire bientost de moy, pour n’avoir rien de si contraire que la mer, et, depuis, par le pescheur à un vieillard, médecin spagirique, souverain bran de quintessences, homme fort humain et traictable, lequel, à ce qu’il me disoyt, avoyt travaillé cinquante ans à la recherche de la pierre philosophale, et en vainc quant à la pierre, mais fort seurement à autres sortes de transmutation des metaux.

En foy de quoy, je lui ai veu souvent fondre autant d’or que d’argent ensemble, les mettre en petites lamines, et puis mettre un lit de quelque poudre, puis un autre de lamines, et puis un autre de poudre dans un creuset ou vase à fondre des orfèvres, le tenir au feu vingt-quatre heures, puis l’ouvrir et trouver l’argent estre devenu or ; et plus souvent encore, congeler ou fixer l’argent vif en argent fin, qu’il vendoyt pour donner aux pauvres.

Mon occupation estoit de tenir le feu à dix ou douze fourneaux, en quoy, Dieu merci, je n’avois plus de peine que de plaisir. Il m’aymoit fort, et se playsoit fort de me discourir de l’alchimie, et plus de sa loy, à laquelle il faisoyt tous ses efforts de m’attirer, me promettant force richesse et tout son sçavoir. Dieu opera toujours en moy une croyance de delivrance par les assidues prières que je luy faisoys et à la Vierge Marie, par la seule intercession de laquelle je croy fermement avoir esté delivré. L’esperance et ferme croyance donc que j’avois de vous revoir, Monsieur, me fit estre assideu à le prier de m’enseigner le moyen de guérir de la gravelle, en quoy je lui voyois journellement faire miracle ; ce qu’il fisc, voire me fisc préparer et administrer les ingrédients … ».

Vincent Depaul restera au service du spagyriste de septembre 1605 à août 1606 jusqu’à ce que le Sultan invite ce dernier à travailler pour lui, mais en vain, car il mourut de regret par les chemins. Son cupide neveu revendit alors Vincent devenu superflu.
Évadés en juin 1607 avec son nouveau maître musulman qui souhaitait embrasser la foi chrétienne, ils se rendirent à Aigues-Mortes où Monseigneur le vice-prélat les reçut et les mena tous deux à Rome, Vincent espérait y recevoir quelques bénéfices contre quelques secrets d’alchimie qu’il transmit à l’ecclésiastique fort intéressé …

D’après Fulcanelli, saint Vincent de Paul aurait reçu des années plus tard un courrier d’un archimiste du nom de John Yardley, Nous avons effectivement retrouvé la trace d’un John Yardley à Worcester né en 1575 et mort en 1625, donc contemporain de Vincent Depaul, le courrier a été adressé ultérieurement en 1716, à M. Garden à Londres…
« …Parmi les archimistes ayant utilisé l’or pour l’augmenter, à l’aide de formules qui les conduisirent au succès, nous citerons John Yardley, inventeur de Worcester en Angleterre, d’un procédé transmis à M. Garden, gantier à Londres, en 1716, puis communiqué par M. Ferdinand Hockley au docteur Sigismond Bacstrom, et qui fit l’objet d’une lettre de celui-ci à M. L. Sand, en 1804 ; enfin, au pieux philanthrope saint Vincent de Paul, fondateur des Pères de la Mission (1625), de la congrégation des Sœurs de la Charité (1634), etc... ».



D’autres ont mis en doute la véracité du voyage de Vincent Depaul, mais ceux qui connaissent bien l’histoire de cette région confirment la véracité historique de tous les faits et éléments mentionnés dans ce carnet de voyage au cours de cette période. Il n’y a ainsi pas d’équivoque sur la qualité de ce témoignage.
Parfois une confusion pouvait encore subsister sur le point de départ de cette aventure, le narrateur écrit Marceille à deux reprises en évoquant Marseille, mais il s’agit bien de la ville portuaire. Vincent Depaul se plaindra, toute sa vie durant, lors de changements de temps, de douleurs récurrentes dues à cette blessure causée par une flèche au début de ce périple et évoquée dans ces lettres.

Il aura aussi retenu quelques enseignements spagyriques reçus lors de sa captivité en « Barbarie », dont un remède pour soigner la gravelle : « Prenez térébenthine de Venise, deux onces ; turbith blanc, deux onces ; mastic, galanga, girofle, cannelle cubés, de chacun demi-once ; bois d'aloès battu, une once.
Empâtez-le tout ensemble avec demi-livre de miel blanc et une pinte d'eau-de-vie la plus forte. Laissez-le tout en digestion quelque temps, puis le distillez.
Il faut prendre, le matin, à jeun, la quatrième partie d'une cuillère et observer de l'emplir d'eau de bourrache ou de buglosse, en prendre autant de fois que l'on voudra, parce qu'elle n’est pas nuisible et, au contraire, très bonne pour la santé ; et la principale opération est pour les urines.
C'est pourquoi on n'y est point obligé de garder d'autre régime de vivre, sinon qu'il ne faut manger qu'une heure après, et on peut aller à ses affaires ordinaires ».

Monsieur Vincent Depaul mourut à Paris le 27 septembre 1660, Philippe Emmanuel de Gondi son ancien protecteur, après le décès de son épouse Marguerite de Silly, en 1625, laissera le château de Folleville à son fils Pierre de Gondi et entrera en religion, chez les oratoriens, la congrégation où Vincent Depaul passa deux années de sa vie.




Chambre de Vincent Depaul au château de Folleville