Les couleurs


La couleur

Parler de la couleur en si peu de lignes est un exercice difficile car le sujet est si vaste qu’on pourrait écrire un ouvrage à ce propos ! Nous allons essayer toutefois d’en tracer les lignes principales.


L'arc-en-ciel

Étymologie
Le mot couleur vient étymologiquement du latin color et de l'ancien français coulour, expression qui s’applique au teint du visage ou au figuré à l’aspect extérieur. Le mot dans notre civilisation latine est quasiment inchangé depuis la nuit des temps, il fait partie des mots essentiels à l’humanité, comme Eau, Air, Mer, … Le terme égyptien Khôl semble en être à l’origine car il paraît correspondre phonétiquement, ce terme indique cette poudre, souvent à base de sulfure d’antimoine, utilisée par les dignitaires égyptiens pour marquer le tour de l’œil.

Ce terme dépassera au fil du temps sa destinée première, les expressions fleuriront comme celles de « Couleur locale », « Haut en couleur », « Annoncer la couleur », « en faire voir de toutes les couleurs », ...

La couleur est cognitive, elle n’est pas innée, elle s’éduque dès le plus jeune âge.

Les origines
Dans l'Antiquité grecque, Démocrite postule que les couleurs appartiennent à l'imagination du spectateur ; Pythagore suppose une relation entre l’échelle des tons et la position des planètes entre la Terre et la sphère des étoiles fixes. Platon s’interroge dans le Phédon sur les couleurs pures. Aristote classe les couleurs en ligne du noir au blanc, positionnant deux morceaux de verre jaune et bleu devant un marbre blanc, il observa que la lumière blanche changeait de couleur au travers d’un ou des deux fragments en devenant, jaune, bleu ou verte. Hérodote nous précise que la ville d’Ecbatane était ceinte de sept murailles peintes des sept couleurs afin de représenter le monde microcosmique.


Les couleurs selon Aristote

Un des premiers contacts entre l’homme et le divin s’initiait par la maitrise du feu, ce feu rouge et chauffant comme le soleil, le grand luminaire identifié à Dieu. Il a d’autre part observé, étonné, l’arc en ciel et ses multiples couleurs. Lors des séances d’initiations dans les peuplades éloignées que l’on observe encore sur divers continents, le rite s’accompagne de couleurs corporelles, le corps est couvert généralement de Noir, de Blanc et de Rouge.

Aussi, aux périodes préhistoriques, la couleur extraite de plantes et de minéraux sert à orner les parois de grottes ; les figures animalières colorées indiquent les prémices d’un culte primitif, probablement religieux. Puis au néolithique, il semble habituel, que, lors d’inhumations, le corps du défunt soit recouvert de poudre ocre. Encore de nos jours, le florilège des symboles compagnonniques est important, il en existe qui sont liés aux couleurs : le rouge pourra signifier la force ou le courage, le blanc la lumière, la pureté.

La franc-maçonnerie utilise elle aussi abondamment les couleurs,
blanc : sagesse ;
rouge : intelligence ;
bleu : ciel ;
noir : royaume.


Le ciel bleu

Tous ces codes initiatiques s’entrecroisent, ayant à l’évidence pour origine la tradition primordiale.
On peut en conclure que la symbolique des couleurs, sans être identique, est universelle, tant géographiquement que dans les domaines cosmologiques, mystiques, etc…Par exemple les opposées, le Blanc et le Noir indiquent le dualisme comme dans le symbole du Yin et du Yang. Le noir féminin sera passif, le Blanc masculin actif. Le Noir nous emmène dans le monde obscur, celui de la germination, de la naissance de l’être, avant le passage à la lumière. Dans cet esprit, les Vierges noires nous rappellent l’antre, la caverne, d’où naissent toutes choses. Pour ce faire, la Vierge Marie sera souvent accompagnée dans ses représentations de pierres cubiques noires.

Les égyptiens enduisaient de bitume noir les momies en signe de renaissance post mortem, ils ornaient leurs divinités de teintes spécifiques selon leurs fonctions.



Bien que la couleur des objets semble, a priori, tangible, l’homme a discerné dès l’aube de l’humanité qu’elle est en fait intangible, il a compris que c’était le passage entre le ciel et la terre pour entrer en contact avec les dieux.

La couleur intrinsèque des objets n’existe pas !

La couleur intrinsèque des objets n’existe pas ! La vision des couleurs, en réalité, résulte de l’analyse faite par le cerveau des signaux captés par l’œil. Ces signaux, ou fréquences, proviennent de l’objet qui renvoie une seule partie et non la totalité des ondes lumineuses reçues. Il y a ainsi une interaction entre la lumière émise, l’objet l’ayant captée, et l’observateur dont les yeux et le cerveau sont les éléments essentiels. Pour mémoire : La fréquence visible par l’œil humain est comprise entre 390 nanomètres (le violet) à 780 nanomètres (le rouge) sachant qu’un 1 nanomètre est égal à 1 millionième de millimètre.

Lien vers l'article complémentaire sur la lumière

La lumière du soleil contient toutes les longueurs d’ondes visibles alors que l’éclairage artificiel peut privilégier certaines longueurs d’ondes selon les lampes à incandescence, les néons, les Led, …).

Mais pourquoi donc la couleur n’existe-t-elle pas ?
Pourquoi dit-on que la couleur n’existe pas ? Si nous nous plaçons dans le noir absolu ….nous ne voyons rien du tout dirait Monsieur de La Palisse ; les couleurs n’existent qu’au moment où notre sens visuel est excité par la source lumineuse. Si nous utilisons des lumières non pas blanches mais bleues, jaunes ou rouges, la perception colorée que nous avons d’un même objet ne sera plus la même.

Cela prouve que c’est bien la lumière qui est maitre de notre réception ! L’objet pour sa part est passif-actif, c’est-à-dire que les pigments de surface absorbent selon leur composition chimique une partie du rayonnement qui est directement dirigé sur lui, alors qu’une autre partie en est réfléchie dans toutes les directions. Nous constaterons alors, que la lumière absorbée par un objet sombre transforme l’énergie lumineuse en énergie calorifique, ne dit-on pas aussi que les teintes sont chaudes ou froides. Nous serions tentés de dire que la couleur visible est la non–couleur de l’objet puisque ces fréquences sont rejetées, la vraie couleur étant celle absorbée par l’objet et de fait non visible.

Encore une autre preuve que les couleurs n’existent pas objectivement, l’homme et les animaux ne voient pas pareillement les mêmes tons ; de plus, tous les humains ne voient pas les couleurs dans une gamme chromatique absolument identique, chacun a ainsi la possibilité de s’inventer le monde à sa façon.




Fréquences
Transformés en signaux électriques, les fréquences de couleurs parviennent au cerveau par le nerf optique. Les structures de l’œil et de la rétine conditionnent notre perception des couleurs grâce aux cellules en cônes qui sont excitées différentiellement par les rayons lumineux.

Trois types de cônes captent les longueurs d’ondes, pour les uns dans le bleu au rouge, pour les autres dans le bleu à l’orange-rouge et pour les troisièmes dans les violet à bleu-vert. Cela nous fait penser au système RVB des écrans TV ; toutes les couleurs de l’image étant construites sur la base de ces trois couleurs : Rouge, Vert et Bleu ; notre TV reconstruit les couleurs de l’image sur le même principe que notre œil.

Goethe dans son Traité des couleurs (1790-1823) prétend qu’il existe 4 couleurs fondamentales s’opposant deux par deux, le bleu s’opposant au jaune et le rouge au vert, et de fait le blanc au noir.


L’une des propriétés des rayonnements électromagnétiques est la réfraction, c’est à dire le changement de direction des rayons en passant du milieu air à un autre milieu. L’importance du changement de direction dépend de la longueur d’onde du rayon lumineux. Comme l’a exposé Isaac Newton, une lumière blanche, composée de rayons de multiples longueurs d’ondes se disperse à la sortie du prisme. Étudiant la colorimétrie il a présenté le premier cercle chromatique, et démontré à ses contemporains que la lumière blanche peut se décomposer en rayons multicolores et se recomposer de nouveau en lumière blanche. Ce principe influencera les peintres modernes, Vincent van Gogh en 1882 écrit à Théo qu’il y a dans les couleurs «des éléments cachés d’harmonie ou de contraste qui agissent par eux-mêmes et que l’on ne peut exprimer par aucun autre moyen ». Dès l’aube de l’humanité, l’artiste a été en quête de nouveaux pigments.


atelier aux pigments - Maison de Rembrandt (Amsterdam)

Selon le physicien anglais Rayleigh, l'intensité est fortement dépendante de la longueur d'onde et de l'angle de vue, ainsi, dans un ciel pur, nous pourrons observer un soleil blanc au zénith et rougeoyant au lever et au coucher ; la couche atmosphérique traversée étant plus épaisse latéralement que verticalement.

Les cathédrales peintes Pour les chrétiens du Moyen Âge, la cathédrale gothique n'a pas du tout la même allure que celle que nous lui connaissons aujourd'hui. Les multiples sculptures de la façade, et en particulier celles des portails, étaient à l’origine peintes de multiples couleurs.


La polychromie - Eglise Notre Dame de Poitiers

De même, les sculptures intérieures, comme les parois, sont recouvertes de peinture et de fresques. Les couleurs de la statuaire ont maintenant disparu et les murs ont été parfois recouverts de badigeons. Ces couleurs qui, pour l’observateur d’antan, avaient un sens symbolique, désormais, nous manquent pour appréhender le message qu’ont voulu nous transmettre les ymagiers d’alors.

Les vitraux
Le verre peint des cathédrales, contrairement à un objet, ne réfléchit pas la couleur mais en filtre le spectre lumineux et n’offre uniquement à notre regard que la couleur souhaitée par l’artiste. Ici encore, le vitrail est la porte d’entrée de la lumière incréée qui devient ainsi au travers du verre manifestée. Aussi, lors de la liturgie, les prêtres selon leurs grades et les diverses cérémonies seront parés d’habits de couleur noire, blanche, rouge, violette, verte.

Les couleurs d'un vitrail



Les couleurs des chakras
Il existe sept chakras majeurs du corps, chacun ayant des fonctions différentes. Une couleur est attribuée à chacun d’entre eux, chacune ayant sa propre signification. Les couleurs du chakra racine vers le coronal sont le rouge, l’orange, le jaune, le vert, le bleu, l’indigo et le violet.


Les 7 chakras

Les couleurs par les signatures
La théorie des signatures est un mode de compréhension du monde, notamment par l'apparence des végétaux, leur couleur est censée révéler leur usage et leur fonction. Une couleur correspondant à un organe, par exemple, une fleur de couleur jaune, fera penser à celle du soleil et sera indiquée pour soigner le cœur. Cette théorie quelque peu simpliste s'appliquera surtout à certaines d’entre elles, en vertu de ses propriétés médicinales supposées. Paracelse, médecin et alchimiste du XVIème siècle en a résumé le principe ainsi : similia similibus curantur soit « les semblables soignent les semblables ». Et il est toujours étonnant, au laboratoire, d’obtenir, après extraction d’une plante fanée et brunâtre, un élixir de la belle couleur vive de la plante au moment de sa récolte.

Aussi, de nos jours, chez le fleuriste, le choix de la couleur de la fleur à offrir devra correspondre symboliquement à, dit-on, un certain langage bien codé pour fêter comme il se doit l’occasion sans faire d’impair.

Les couleurs dans le laboratoire alchimique
Dans l’ouvrage de Jean-François Gibert et Henri Coton-Alvart « La doctrine spagyrique de Paracelse », il est dit que : La couleur noire est la racine et l’origine des autres couleurs, car toute matière noire réverbère en son temps, entraîne à la suite les trois autres couleurs. Après le noir vient le blanc, puis le jaune, puis le rouge…Les anciens ont attribué une planète à chacun des métaux.

Le défilé des couleurs de l'oeuvre par la voie humide au ballon scellé (Le ballon est scellé du début de l'oeuvre à sa fin sans que Dame nature ne soit perturbée par la main de l'homme)

La voie humide - Le noir corbeau lutté deviendra la chaste vierge transparente

Or je prétends qu’il n’existe que six couleurs fondamentales : Noir (Saturne), Blanc (Jupiter), Jaune (Soleil), Rouge (Mars), Vert (Vénus) et Bleu (Mercure), le gris qui n’est qu’un mélange de Blanc et de Noir (ou de Bleu) étant attribué à la Lune. Les couleurs sont également mises en correspondance avec les sept notes de musique ».


La voie humide - La licorne

Et dans l’ouvrage d’Albert Poisson, nous découvrons une belle analogie aux couleurs de la matière pendant le Grand Œuvre : les noir, gris, blanc, jaune, rouge ; analogie tirée de la « Cassette du petit paysan » : « Or, comme j'étais allé faire un voyage, je me rencontrai entre deux montagnes, où j'admirai un homme des champs, grave et modeste en son maintien, vêtu d'un manteau gris, sur son chapeau un cordon noir, autour de lui une écharpe blanche, ceint d'une courroie jaune et botté de bottes rouges ».

Les couleurs des oiseaux tels la colombe, le corbeau, le cygne, le paon, …indiquent de façon cachée les phases de l’œuvre. Les alchimistes appellent joliment les couleurs ‘principales’ des différents stades de l’œuvre : Nigredo, albedo, Rubedo.


La voie humide - Le sang du lion vert


Conclusion :
Pour finir cet exposé avec légèreté nous ne manquerons pas d’évoquer la couleur dans la poésie et notamment dans « Voyelles » ce sonnet écrit en 1872 par Arthur Rimbaud et dans lequel le mot Alchimie est évoqué. Il s’agit d’un poème où il associe une couleur à une lettre, à une voyelle. C’est avant tout un poème d'éveil qui cherche à parler et à faire parler, alors à vous maintenant de philosopher sur la couleur.



Le Pélican - Exemple de travail de soudure du verre sur deux ballons
(Ne pas oublier que les verres soudés nécessitent une recuisson de l'ensemble)